Michel Berger et Luc Palmondon

Les "pères" de starmania : Michel Berger et Luc Plamondon.

La guérilla urbaine que le terrorisme fait vivre au quotidien va susciter l'une des expériences les plus marquantes de nôtre histoire musicale, avec Starmania, qui prend naissance sur disque à l’automne, la chanson d'expression française prouve qu'elle n'a rien à envier à la concurrence anglo-saxonne.

L'ANNÉE DES TROİS PAPES.

L'actuaIité est marquée par un regain du terrorisme, et la révolte qui gronde en Iran annonce la montée de l’intégrisme religieux.

les trois papes1

Après les décès de Paul VI (a gauche) et de Jean-Paul Ier (au centre)
est élu Jean-Paul II ( à droite .)

UN PAPE POLONAİS.

Jean-Paul II

L'événement le plus surprenant de l'année est sans doute une succession pontificale pour le moins mouvementée. La mort de Paul VI n'a guère surpris les spécialistes qui connaissaient la santé précaire de ce rénovateur de l'Église catholique. Au terme d'un conclave consensuel, le cardinal Albino Luciani est choisi pour lui succéder; il décide de se faire appeler Jean-Paul Ier, en hommage à ses deux prédécesseurs dont il entend prolonger la politique réformatrice. Sa mort brutale, trente-trois jours après son élection, va faire l'effet d'un coup de théâtre. À peine repartis chez eux, les cardinaux doivent revenir d'urgence pour élire un nouveau pape. Cette fois, le jeu est plus ouvert et c'est finalement l’archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla, qui devient le deux cent soixante-quatrième successeur de saint Pierre. Cette élection est d'autant plus remarquée que, pour la première fois depuis plus de quatre siècles, ce n'est pas un cardinal italien qui se retrouve au Vatican.

LE RETOUR DES TERRORİSMES.

Un autre dignitaire religieux d'importance, l’ayatollah Ruhollah Khomeyni, fait également parler de lui à l'automne. Opposant affiché au régime du chah d'Iran, il vivait jusqu’alors en exil à Bagdad, mais les troubles politiques qui agitent la région incitent les dirigeants irakiens à expulser ce bouillant chef chiite, qui trouve alors refuge contre toute attente à Neauphle-le-Château, près de Paris. L'opposition française crie au scandale, mais le président Giscard d'Estaing, rassuré par la victoire récente de sa majorité aux élections législatives, ne semble guère s'inquiéter des récriminations de ses détracteurs. La situation sur le front du terrorisme préoccupe davantage le chef de l'Etat, car aucune des grandes démocraties européennes ne semble épargnée par le phénomène. En janvier, l'enlèvement mystérieux du baron Empain, suivi quelques mois plus tard par un attentat contre le château de Versailles, trouveront leur pendant en Italie avec l'assassinat du leader démocrate-chrétien Aldo Moro par les Brigades rouges.

Dessin Animé le héros "Goldorak".

NOUVEAU CHAMPİON CYCLİSTE.

Bernard Hinault Comme tous les quatre ans, on oublie l’actualité pour se passionner pour la Coupe du monde de football. Les amateurs français vont pourtant être déçus. Si Bernard Lacombe réussit à sauver l'honneur en marquant un but contre l'Italie, la compétition tourne court pour les tricolores. La présence de Michel Platini, qui avait offert peu auparavant à l'équipe de ses débuts, Nancy, une belle victoire en Coupe de France, n'y changera rien. Les amateurs de sport se consoleront en découvrant un nouveau champion cycliste; double vainqueur du Tour d’Espagne et du Tour de France, il se nomme Bernard Hinault.










LE SPECTACLE CONTİNUE.

Année sombre pour trois générations de chanteurs avec la disparition de Damia, de jacques Brel et de Claude François. Mais la relève obéit à la devise du métier : le spectacle continue.

Jacque Brel

L'une des dernières photos de Jacques Brel.

UNE GRANDE DAME ET UN GRAND MONSİEUR.

Il apostrophait la mort en chantant j'arrive, il évoquait avec humour son dernier repas. Le 9 octobre, à 4h10 du matin, Jacques Brel s'éteint à l'hôpital de Bobigny, victime d'une embolie pulmonaire. On le savait malade depuis plusieurs mois déjà. Lors de la sortie de son dernier album l'année précédente, il n'était pas apparu en public. Les rares photographies, prises par un paparazzi indélicat lors de son arrivée sur le territoire métropolitain, le montrent les traits tirés. Il revenait des îles Marquises pour se faire soigner et pour nous livrer une fois encore ses cris d'amour et de colère. Depuis 1967, il avait choisi de quitter la scène et de vivre au rythme du soleil et du vent. Si aujourd'hui encore on se souvient sans peine de ses refrains, on gardera en mémoire les derniers vers de sa chanson consacrée aux Marquises : "Les pirogues s'en vont,les pirogues.....s'en viennent / Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font / Veux-tu que je te dise gémir n'est pas de mise/ Aux Marquises." Autre disparition qui, elle, passe presque inaperçue le 30 janvier, celle de la chanteuse Damia, à qui l'on doit "Les Goélands". Née en 1892 elle avait fait ses débuts à l'âge de 19 ans. Ses qualités de tragédienne en feront rapidement une vedette des plus grandes scènes d’Europe. C’est elle qui utilise la première des projecteurs dans son tour de chant et un rideau sombre en fond de scène. Moulée dans une robe noire qui inspira Juliette Greco, elle s'illustre dans un répertoire de chansons réalistes, dont le célèbre "Sombre dimanche". Après une dernière tournée au Japon en 1953, elle décide de quitter la scène trois ans plus tard.

Claude Nougaro.
"Tu verras".

VALEURS SÛRES ET JEUNES TALENTS.

On ne parle pas encore de quotas de chansons françaises. Il faut dire qu'avec les succès de Michel Sardou et de Johnny Hallyday toujours présents et le déferlement de la vague Starmanía, on a l'impression que la variété étrangère n'est pas un danger pour nos chanteurs. Mais loin de se satisfaire des valeurs sûres du showbiz hexagonal, le public sait accueillir des nouveaux venus. Ainsi le fils de la romancière Andrée Chedid, Louis, nous livre sa perception douce-amère du monde, avec des refrains où les jeux de mots sont au service d'un swing délicieux;" T’as beau pas être beau" passe sur toutes les radios et trotte dans toutes les têtes. Quant à jacques Higelin, il trouve enfin les faveurs du grand public! C'est une chanson tirée de l'album sorti l'année précédente qui sera son premier véritable tube. "Pars" sera repris quelques années plus tard par la chanteuse Grace Jones. Ce succès est entièrement dû au chanteur : sa maison de disques ne croyait pas du tout à la qualité de l'album "No man's land". Certains qualifieront même la musique "d'insignifiante" et le texte de "débile", comme le rapporte le Guide du tube (Robert Laffont-Seghers). De son côté, Tino Rossi ne se contente pas de ses succès passés et il chante cette année un nouveau titre que l'on peut penser autobiographique, "La vie commence à 60 ans". La jeune Karen Chéryl n'attendra pas cet âge pour récolter les fruits de son travail d'artiste. Son producteur avait raison de s'entêter. Avec "Sing to me mama", la chanteuse vend plus de cinq cent mille 45 tours!.

Andrée Chedid.
"T'as beau pas être beau".

Karen Chéryl.
"Sing to me mama".

jeune chanteur

Photo de gauche :Un nouveau venu : Louis Chedid,
photo du centre :Johnny Hallyday une valaur sûr de la chanson française,
Photo de droite : Succès populaire Jacques Higelin.

STARMANİA.

Starmania

L'histoire peu commune de Starmania, cet opéra-rock pas aussi futuriste qu'il y paraît,est née simultanément dans les esprits féconds de Luc Plamondon et de Michel Berger.

LA SYNERGİE PARİS-MONTRÉAL.

Au Québec, Luc Plamondon rêve d'écrire le livret du "West side story" des années soixante-dix; il compose l’album "Opéra Cirque" pour Diane Dufresne, mais le monde du disque n'est guère convaincu. Dans un même temps, Michel Berger veut mettre en musique "l'aventure" de Patricia Hearst, cette fille d'un milliardaire américain ralliée à la cause des révolutionnaires qui l'avaient enlevée. Un coup de téléphone entre Paris et Montréal va faire naître une synergie entre les deux créateurs.Le terrorisme est d'actualité et le thème de cette fuite brutale vers l’an 2000 est retenu : les personnages choisis pour dénoncer l’égocentrisme de notre société, cette "starmania",seront des archétypes d'un futur qui est déjà presque d'actualité.

DU DİSQUE A LA SCÈNE.

Michel Berger et Luc Plamondon L'écriture de l'opéra occupe Plamondon et Berger pendant une partie des années 1976 et 1977. Au terme d'un séjour de plusieurs mois dans le Midi.Ils donnent naissance à Johnny Rock-fort, Marie-Jeanne la serveuse-automate, Cristal, Stella Spotlight, Zéro Janvier et Ziggy. Il faut alors penser a leur trouver des voix. Au Québec, Plamondon recrute Diane Dufresne. Claude Dubois et Fabienne Thibeault tandis que Berger réunit autour de lui Éric Esteve, Nanette Workman et Daniel Balavoine. Pour le rôle de Cristal, on a pensé à un moment à Anna Prucnal, mais son caractère exubérant cadre mal avec celui de Berger, qui propose le rôle à sa femme, France Gall. Nous sommes en 1978 et toute l'équipe se retrouve en studio. Comme on n'est jamais assez prudent dans le métier de la chanson, les producteurs attendront que le disque se soit vendu à 100 000 exemplaires pour décider de monter "Starmania" sur scène en avril suivant. Les principaux thèmes de l'opéra sont devenus des tubes qui font définitivement partie de notre répertoire. Quant au spectacle, il n'a cessé de séduire le public depuis sa création,révélant au passage les talents de Renaud Hantson, Maurane, Judith Bérard, Sabrina Lory ou Réjane.

Michel Berger et Luc Plamondon les créateurs Opéra Rock "Starmania".

LE MONDE EST STONE.
L'inspiration vient en courant.

Le monde est stone Certains auteurs sont capables d'attendre plusieurs mois pour trouver le mot juste. Dans le cas de cette chanson, Luc Plamondon cherchait le terme exact qui allait lui permettre d'habiller cette mélodie que Michel Berger lui avait fait entendre dès leur première rencontre. Le trait de génie, celui qui lui révèle soudain le mot "stone", va venir à Plamondon alors qu'il fait du jogging sur une plage californienne, comme l'explique Fabienne Thibeault :"Luc est quelqu'un qui adore marcher et qui fait travailler son esprit tout en croisant les gens dans la rue. C'est un ciseleur, quelqu'un qui pourra passer trois ans à chercher la bonne phrase. Pour Stone, il avait tout essayé, jusqu'à ce jour où il courait sur la plage."

LES STARS DES SEVENTİES.

Entre les idoles de la décennie précédente et les nouvelles vedettes des seventies, la chanson française a su trouver un rythme de croisière qui lui assure le succès pour longtemps.

EX-FAN DES SİXTİES.
Le panthéon idéal.

Jane Birkin On connaissait la litanie des saints, on connaissait les énumérations de Nino Ferrer ou les listes "à la Prévert", voici maintenant la revue des artistes disparus par Serge Gainsbourg! Bien loin de l'exercice, cette suite de noms est très touchante. Avec "Ex-fan des sixties",on découvre une sorte de panthéon idéal de toutes les stars de la pop qui ont animé les années soixante. La chanson est écrite pour figurer dans le nouvel album de Jane Birkin. Les premières tentatives d'enregistrement ont lieu début 1977, mais il a fallu beaucoup de temps à la chanteuse pour arriver à l’interprétation souhaitée par son compagnon. Elle raconte : "J'avais d’épouvantables difficultés à chanter "Ex-fan des sixties", c'était une question de rythme. Serge ne comprenait pas que j'y arrive pas. Au bout de cinquante essais, on a laissé tomber, ça devenait tragique. Finalement on a recommencé six mois plus tard et, entre-temps, Elvis était mort, ce qui fait que Serge a changé les paroles, sinon ça se terminait par "et la pauvre Janis Joplin".

ELLE M'OUBLİE.
Ça ira mieux demain...

Johnny Hallyday Le titre de l’album que Johnny Hallyday sort cette année-là, "Solitudes à deux", pourrait sembler ambigu si l'illustration de pochette ne nous donnait une indication essentielle : le compagnon d'infortune de Johnny pour cette nouvelle aventure musicale n'est autre... qu'un chien. Comme cinq ans auparavant avec le 33 tours "Insolitudes", l'idole des jeunes conjugue le thème de l'abandon. Le disque démarre très fort avec "Revoilà ma solitude", une plage mélancolique empruntée au chanteur américain Kenny Rogers. Ce recueil reste proche de la musique country américaine, grâce à de belles adaptations signées Michel Mallory. On y trouve aussi une reprise d'un titre italien de Ricardo Cocciante, "Cet homme que voilà", et, surtout, "Elle m'oublíe" , une ballade bien française que Johnny est allé puiser dans le répertoire de l’une des meilleures plumes de la chanson française, Didier Barbelivien.

MAGNOLİAS FOR EVER.
Séduire les Anglais.

Claude François Une chanson française au titre anglais voilà qui a de quoi surprendre. Pourtant lorsque l'on suit la carrière de Claude François cette année, il n'y a rien d'étonnant a cela. À l'automne de l'année précédent paraît le premier disque en anglais sur le territoire britannique. Le rêve du chanteur va enfin pouvoir se réaliser, car séduire les Anglais est devenu pour lui une obsession.Si la sortie de l'album à Londres n'a pas eu un aussi grand succès qu'en France, Claude ne se décourage pas. Il choisit de se produire sur la plus grande scène de la capitale d'outre-Manche : le Royal Albert Hall! Le spectacle a lieu le 16 janvier 1978 dans une salle comble. C'est avec My way qu'il commence. Le public est tellement enthousiaste qu'il est obligé de la chanter une deuxième fois. Il sort de scène après deux heures et huit rappels

LAİSSE BÉTON.
Du titi au loubard.

Renaud

Sur son premier album paru en 1975, Renaud apparaît en poulbot parisien avec casquette et moue décontractée. Les chansons sont dans le même style avec un titre-phare intitulé Hexagone. Le deuxième album est d'un genre différent, que l’on pourrait qualifier de "rock loubard". Dans la revue Chorus (Les Cahiers de la chanson), il explique cette transformation :"C’est dû à mes fréquentations, et à ma vie qui a changé. Entre le premier album et le second, j'ai passé près de deux ans et demi,trois ans, dans un bistrot qui s'appelait La Pizza du Marais, dans lequel j'ai rencontré une bande de mecs, de petits loulous de banlieue, qui se sont pris d'affection pour moi et pour mes chansons, et qui m'ont embarqué dans leur monde, leur univers, dans leur banlieue, leur HLM et dans leurs virées en mobs, leurs bastons, leurs bistrots. Je passais mes journées là-bas, à La Courneuve, cité joliot-Curie, et je m'y suis découvert une nouvelle famille, une nouvelle identité." L'album sort à la fin de l'année 1977 et le titre "Laisse béton" est un énorme succès l'année suivante. Avec "Je suis une bande de jeunes"," Germaine", "La Chanson du loubard" et "La bande a Lucien", Renaud fait une entrée tonitruante dans le monde des auteurs-interprètes à succès, inventeurs d'un nouveau style.

MA PRÉFÉRENCE.
La préférée du public.

Julirn clerc Julien Clerc vient de connaître un immense succès en 1977 au Palais des Sports, à Paris. Ses musiciens de scène sont ceux avec qui il a enregistré son album précédent. Le chanteur vient d'avoir 30 ans, le public lui fait un triomphe, il est donc naturel de continuer l'aventure avec la même équipe. Mais malgré un travail acharné en studio, le résultat n'est pas satisfaisant. Julien décide alors de faire appel à Jean-Claude Petit avec qui il a déjà travaillé par le passé. Le compositeur se met au travail et propose de nouveaux arrangements en un temps record. Le résultat atteint les plus folles espérances de Julien. Ce sera l'une de ses plus grosses ventes. Avec "Travailler c'est trop dur", "Ma préférence" fait partie des chansons... préférées par le public du chanteur

DANS LES YEUX D'ÉMİLİE.
Emilie Christine et Jonathan.

Joe Dassin Publiée en 1978 aux côtés d'autres très beaux titres comme "La Première Femme de ma vie" ou "Si tu penses à moi" (une adapta- Êdition de No woman no cry, le tube de Bob Marley),"Dans les yeux d'Émilie"survient à ; un moment crucial de l'existence de Joe Dassin. Depuis le printemps de l'année précédente, il est officiellement divorcé de sa première femme Maryse, mais Joe ne restera pas célibataire longtemps. Le 14 janvier, il épouse en secondes noces Christine Delvaux à Cotignac, un joli petit village du Var. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Christine a choisi ce jour pour annoncer à son mari la nouvelle qui pouvait lui faire le plus grand plaisir : depuis quelques jours, elle sait qu'elle attend un bébé qui doit naître à la fin de l'été. Jonathan verra en effet le jour à Neuilly-sur-Seine le 14 septembre suivant. On peut alors se demander si Joe n'aurait pas dû demander à ses amis Claude Lemesle et Pierre Delanoë de modifier le titre du succès qu’ils avaient écrit pour lui et le rebaptiser "Dans les yeux de Christine!"

LA JAVA DE BROADWAY.
Une voix comme un clairon.

Michel Sardou Pierre Delanoë est un complice fidèle de Michel Sardou. Combien ont-ils écrit de chansons ensemble ?... Des dizaines! Dans ce répertoire commun, on remarquera que les chansons dites d’opinion sont nombreuses. Citons "Le France", "J'accuse", "Le Temps des colonies", "Les Villes de grande solitude". Mais ils ont également signé des refrains plus légers comme "La Java de Broadway". C'est dans un couloir des éditions Barclay que la rencontre a eu lieu. Michel Sardou a juste dix-huit ans. Il montre quelques poèmes qu'il a écrits, dont un sur l'Indochine. Quelques temps plus tard, il demande à l'auteur de participer à l'écriture d'une chanson. Ils collaboreront durant une quinzaine d'années. Delanoë est très vite séduit par le caractère entier du chanteur. Dans un livre d'entretiens avec Alain-Gilles Minella (Michel Sardou, Éditions Mame), il déclare : "Il est populaire parce que les engagements qu'il prend sont des engagements populaires. Parce que ce qu'il dit concerne les gens. [...] Sa voix est un des grands plaisirs que Sardou donne à ses spectateurs. Quand tout d'un coup sa voix part comme un clairon,l'auditeur jouit!"

LA DERNİÈRE SÉANCE.

Pour Eddy Mitchell, La Dernière Séance est bien davantage qu'une simple chanson depuis 1982, ce titre est aussi devenu celui d’une célèbre émission de télévision.

Eddy mitchell Le 19 janvier 1982, les fidèles de FR3 découvrent sur leur petit écran un Eddy Mitchell qu'ils ne connaissaient pas. Devant un cinéma de quartier, le chanteur fait la queue avant d'acheter sa place à la caisse, comme tout le monde. Il se retrouve bientôt au cœur de la salle confortablement assis sur un fauteuil de velours cramoisi, il se révèle un spécialiste brillant de l’histoire du septième art, narrant au téléspectateur anecdotes et petites histoires sur ses comédiens préférés, à commencer par Robert Mitchum, son idole de toujours. Le principe de l'émission est simple : le temps d'une soirée, il s'agit de retrouver l'ambiance nostalgique des cinémas qui fleurissaient à travers la France au plus fort des années cinquante. Au programme : actualités d'époque, dessins animés (de préférence signés Tex Avery), réclames et attractions (jongleurs, prestidigitateurs...) et deux "Grands films" hollywoodiens. En trois minutes trente, c’est cette même atmosphère que Schmoll avait voulu mettre en musique sur la chanson-titre d'un album sorti en octobre 1977. Quelques mois plus tard, la mélodie de "La Dernière Séance" est sur toutes les lèvres, et tous ceux qui ont connu les salles obscures, à l’époque où elles s'appelaient l’Éden, le Floréal ou le Rex..., se prennent à fredonner : "La lumière revient déjà/Et le film est terminé."

Alain Souchon.
"Le Bagad de Lann-Bihoué."

alain souchon Le Bagad de Lann-Bihoué est une chanson écrite et interprétée par Alain Souchon, extraite de l'album "Toto 30 ans", rien que du malheur... paru en 1978, et sortie en single en 1979 (RCA). Sur une musique composée par Laurent Voulzy, les paroles épinglent les espoirs déçus d'un homme qui rêvait des paillettes de l'orchestre de la Marine nationale de la base d'aéronautique navale de Lann-Bihoué. Dans sa jeunesse, Alain Souchon passe ses vacances en Bretagne, dans des villes du littoral ː le pays de Quimperlé dans le Finistère, à Vannes dans le Morbihan ou à Saint-Cast-le-Guildo dans les Côtes-d'Armor. Il en garde le souvenir de ces bagads qui défilaient au bord de la mer. À ses yeux, le bagad de Lann-Bihoué était le plus emblématique des grands ensembles de musique bretonne, "il avait quelque chose de plus puissant, de lyrique". Plus tard, il achète une maison à La Trinité-sur-Mer, non loin de celle de son compère Laurent Voulzy, à Quiberon, et Belle-Ile-en-Mer est leur "monastère maritime". Alain Souchon évoque la vie rêvées d'enfants qui, devenus adultes, ont vécu des désillusions les conduisant à accepter une vie rangée et monotone. Vie minuscule d'un homme qui a perdu son épanouissement de départ, analysée par un regard extérieur faisant un constat, préférant connaître les raisons plutôt que de reprocher ses choix ; "Tu la voyais pas comme ça ta vie... ". Le refrain met en avant la vie des membres du bagad militaire, à la fois troubadours et marins, qui paradent dans leurs costumes, jouant de la musique traditionnelle avec cornemuses et tambours dans les villes et villages du Finistère et qui voyagent à la découverte d'autres terres. L'album, plus sombre que les précédents, présente d'autres textes dans le ton accablant, alors que la musique, franche et rythmée, apporte l'énergie et la puissance d'un bagad. Cependant, lors de l'enregistrement initial des cornemuses, Laurent Voulzy a fait appel à un seul couple de sonneurs de la région parisienne. L'un d'eux rencontrant des problèmes de souffle, les deux musiciens professionnels se sont partagés le même instrument dans le studio : "lui jouait les notes, et l'autre soufflait".