Michel Sardou, Dalida et Sylvie Vartan

Grâce à Michel Sardou (ici entre Dalida et Sylvie Vartan)
cette année en chanson sera populaire.

Avec la mort du Général de Gaulle ,c'est un peu de l'âme de la France qui disparait, mais les français restent fidèles à la fibre profondément populaire qui les a toujours animés. Cette continuité reste présente dans tous les refrains de cette année, qui mettent en scène les bals populaires et une spécialité bien de chez nous.: l'amour.

UNE ANNÉE CHARNİÈRE.

Le décès de Charles de Gaulle restera L’événement majeur de cette année 1970, mettant ainsi un terme à l’une des périodes les plus riches de notre histoire politique.

véhicule blindé que le corps du général

C'est sur un véhicule blindé que le corps du général de Gaulle est conduit à sa dernière demeure.

LE TEMPS DU BİLAN.

L'entrée dans une nouvelle décennie donne l'occasion de jeter un dernier regard sur la période qui vient de s'écouler. Comme si le cours de l'histoire était imprégné de ce mécanisme, Voilà qu'à travers le destin de quelques grands personnages se déroulent soudain dans toutes les mémoires les pages les plus importantes d'un passé immédiat. En l'espace de quelques mois, certains des acteurs les plus importants de ce siècle vont en effet disparaître, à commencer par Alexandre Kerensky, celui qui avait ouvert la voie de la démocratie en Russie à la veille de la révolution d'octobre 1917. Le 28 septembre, c'est au tour de Gamal Abdel Nasser, chef de l'État égyptien et leader de la cause arabe, de mourir au Caire.

LA FRANCE EN DEUİL.

Charles de Gaulle

Plus tôt, le fondateur de la cinquième République vivait retiré dans sa propriété de la Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, où il était occupé à rédiger ses Mémoires. L'ampleur de l'événement se mesure aux témoignages qui affluent des grandes capitales : à Washington, on salue avec respect la mémoire de l'homme du 18 Juin, qui fut pourtant l’un des adversaires les plus acharnés de l'impérialisme américain; à Londres, le général est reconnu comme la personnification de la Conscience de la France tandis qu'à Pékin, le président Mao exprime son admiration pour le combattant intrépide. Le général avait insisté pour être enterré en toute simplicité dans son village, et seuls sa famille et ses plus fidèles compagnons sont admis à ses Obsèques. Au matin du 12 novembre, près d'une centaine de rois, de chefs d'État et d'empereurs font pourtant le déplacement pour lui rendre un dernier hommage à Notre-Dame de Paris.





Chansons pour tous.

L'année 1970 est particulièrement riche. Si la variété anglo-saxonne semble bien installée chez nous, les artistes français imposent des succès populaires qui restent gravés dans toutes les mémoires.

UNE ANNÉE RİCHE.

Dalida

Michel Sardou explose avec ses "Bals populaires" et Barbara fait fondre sur le public son "Aigle noir" qui deviendra sa chanson fétiche. La presse musicale plébiscité un Julien Clerc tout juste échappé de la revue musicale Hair et Dalida fredonne "Darladírladada", un refrain qui sera l’hymne des clubs de vacances à la mode. La France aime chanter en toutes circonstances. Et si Léo Ferré fait toujours fureur avec ses textes poétiques et engagés, on aime également la légèreté et l'insouciance de Marcel Zanini qui répète sans fin un "tu veux ou tu veux pas ?, bientôt repris avec sensualité par Brigitte Bardot. Mais les plus grandes ventes pour un chanteur français sont enregistrées... à l’étranger. En effet, Danyel Gérard verra son Butterfly figurer en tête des hit-parades d'Allemagne. d'Autriche, de Suisse et du Canada. avant de recueillir l’adhésion du public hexagonal. Il obtiendra sept Disques d’or avec cette chanson! Parmi les curiosités de la variété, signalons encore le concerto pour une voix du pianiste Saint-Preux, avec une mélodie sans parole chantée par une choriste de talent, Danièle Licari. On le voit, cette année, en France, tous les publics ont de quoi fredonner. La chanson réunit, la chanson est populaire!

Dernière photo

Dernière photo de groupe,les Beatles se séparent.

DUOS ET FİANÇAİLLES.

Sheila et Ringo Nous devons le duo le plus drôle de la chanson à deux comédiens : Bourvil et Jacqueline Maillan. Ils se lancent dans une parodie d'un "Je t'aíme moi non plus" qui n'a plus grand chose à voir avec l'original. Ce sera malheureusement le dernier succès de Bourvil : une ultime pirouette comique avant de quitter définitivement les écrans et la scène le 23 septembre. Quant à Serge Gainsbourg, il est l'acteur d’un duo inhabituel sur les ondes de la station Europe 1 : dans le cadre d'une émission intitulée Mon fils avait raison, la radio a la bonne idée de réunir le chanteur et son père. Un dialogue assez rare s'installe. Quand l'animateur demande au père s'il pense que son fils est un poète, il répond : "J'aimerais l'affubler de ce sobriquet, mais je pense que "poète" est un qualitif trop conventionnel, j'aimerais qu'on invente un nouveau Mot pour lui" (cité par Gilles Verlant dans Gainsbourg, Albin Autre duo fait ses débuts sur scène au Théâtre de Dix Heures : Patrick Font et Philippe Val. Leur auditoire est encore confidentiel, mais leurs textes corrosifs séduisent un public fidèle. À la rubrique fiançailles, on notera que, le jour du printemps, Sheila et Ringo promettent publiquement de se marier, pour le plus grand bonheur de leurs admirateurs. Un couple dont on entendra parler dans les années suivantes...





Sheila et Ringo ne se quittent plus.

LA FİN D'UN MONDE.

"Les Beatles se séparent" titrent les journaux du monde entier. La nouvelle ne surprend pas les fans du groupe tant les échos de séparation se faisaient insistants ces derniers mois. Après l`enregistrement d’un dernier album, Abbey Road, la sortie d'un dernier film, Let it be, le climat entre les musiciens est détestable. Les raisons, qui semblent être multiples, alimentent autant la presse populaire que la presse musicale. Mais c'est décidé, le groupe ne jouera plus ensemble! La musique pop est à l'affiche des cinémas avec le film consacré au festival de Woodstock qui s'est tenu l'année précédente. Ce document musical permet au public de voir le guitariste Jimi Hendrix dans l'un de ses moments de grâce, alors qu'il arrache de sa guitare les accords de l'hymne américain. En septembre il est retrouvé mort dans sa chambre.

HOMMAGE A JIMI HENDRIX.

Mİchel Sardou.

La personnalité du chanteur, aussi entière que contrastée, aura beaucoup contribué à une réussite qu'il doit aussi au choix d'un répertoire populaire.

Sardou avec ses parent

Le chanteur à l'olympia avec ses parents Jackie et Fernand Sardou.

UN ARTİSTE TİMİDE ET PUDİQUE.

Sardou4 On s'attendrait à voir le fils de Fernand Sardou s’exprimer dans le langage imagé des films de Marcel Pagnol ou réagir avec la truculence de sa mère Jackie. Il n'en est rien. Sans fausse pudeur ni prétention, Michel avoue être timide. Un trait de caractère sans doute hérité d'années de pension difficiles, au cours desquelles il a appris à résister à l'adversité. Cette scolarité rigide n’est pas la seule période aride de son existence. Né le 26 janvier 1947, Michel Sardou a d'abord eu l'ambition de marcher sur les traces de son père, avec le secret etl'espoir d'entrer un jour à la Comédie-Française. Les hasards de la vie vont en décider autrement. La chanson l'intéresse également et Johnny Hallyday se souvient que Fernand Sardou, qui jouait à ses côtés en 1963 dans le film "D'où viens-tu Johnny ?", lui a présenté son fils sur le tournage en lui disant : "Lui aussi veut devenir chanteur."









LA MÊME "MARRAİNE" QUE GORGES BRASSENS.

Sardou2 Michel met ce plan à exécution dès 1965 en débutant sur la scène du cabaret que tient Patachou à Montmartre. C'est une école sans compromis où seul le talent et l'entêtement permettent de sortir de l'anonymat. Patachou n'a pas l'habitude de s'encombrer de périphrases lorsqu'elle n'aime pas ce qu’elle entend. En revanche, elle n'hésite pas à soutenir ceux chez qui elle a décelé du talent. D'autres que Sardou le savent, notamment Georges Brassens et Guy Béart qui doivent beaucoup à Patachou.Sur les conseils de sa "marraine", Michel obtient une audition chez Barclay. Un premier 45 tours, La Madras, passe inaperçu; on lui fait même comprendre au plus haut niveau qu'il n'est pas fait pour ce métier. Sans se décourager, il poursuit la tournée des cabarets parisiens et obtient un engagement à Bobino. Mais cette fois, ce sont les gendarmes qui viennent troubler la fête en lui rappelant un peu abruptement qu'il n'a pas répondu à ses obligations militaires. Incorporé dans un régiment dur, Michel n'abandonne pas pour autant l'idée de chanter. Le temps d’une permission, il se rend à Antibes et participe au concours de la Rose d’or, où il est cependant éliminé.



UN SUCCÈS POPULAİRE.

Son retour à la vie civile n’est guère plus facile. Alors que la France fait le vide dans les bases américaines, Sardou prend la défense de nos anciens libérateurs, le temps d'une chanson intitulée "Les Rícains" que les radios s'empressent de boycotter. Peu après, il refuse d'enregistrer une composition que lui propose Jacques Revaux : repris par Claude François, "Comme d'habitude" sera pourtant le succès international que l'on connaît. Pour l'occasion, Sardou n'a pas manqué de "nez", mais il se refuse à chanter la banalité du quotidien, par peur de la facilité. Mais ses amis Régis Talar, Jacques Revaux et Pierre Billon (le fils de Patachou) lui répètent sans cesse que sa réussite sera populaire ou ne sera pas. Un peu à contrecoeur, Michel finit par les écouter et relève le défit en 1970 avec "Les Bals populaires". Le succès est foudroyant. "J'habíte en France", publié à l'automne, montre qu'il a compris la leçon en confirmant son image de chanteur populaire, français par excellence. On connaît la suite : le nom de Michel Sardou a rarement quitté les hit-parades depuis. Doué d'une intelligence et d'un talent hors du commun, il a su adapter son répertoire aux envies du grand public sans jamais marchander la qualité de ses spectacles. Et si personne ne reste indifférent aux prises de position de Sardou, tout le monde dans le métier s'accorde à reconnaître la sincérité d'un personnage ambigu mais passionnant.

LES BALS POPULAİRES / MOURİR DE PLAİSİR.
Deux tubes pour un 45 tours.

sardou Aux États-Unis, on appelle cela un double-sided hit, un succès à deux faces. Le phénomène est d'autant plus rare que l'industrie phonographique a l'habitude de n'offrir au public que des compositions mineures sur la face B des 45 tours. Michel Sardou ne fait décidément jamais rien comme tout le monde et lorsque son disque sort au printemps de 1970, les programmateurs apprécient tellement le virage qu'il vient de prendre que ses deux titres sont plébiscités. On parle de lui comme du nouveau Claude François, d'autant plus que Vline Buggy, la parolière fétiche de Clo-Clo, a été mise à contribution pour "Les Bals populaires" comme pour "Mourir de plaisir". "C'est Vline et personne d'autre qui m'a appris à écrire. Elle m'a appris à ne pas m'évader dans de la fausse poésie, à faire efficace", affirme Sardou à Florence Michel dans le livre qu'elle lui a consacré dans la collection "Poésie et Chanson" aux éditions Seghers. L'efficacité est à tous points de vue redoutable. Avec ses deux chansons phares, le disque se vend à un demi-million d'exempIaires en quelques mois.

Michel Sardou.
"J'habite en France".

Mélodies sans frontières.

De Montréal à TeI-Aviv, de Fort-de-France à Paris, la langue française se fredonne sous toutes les latitudes.

DANS LA MAİSON VİDE.
Une vie bien remplie.

sardou Il n'arrête pas de bouger. Certains disent même que Michel Polnareff brûle la chandelle par les deux bouts. Toujours exigeant pour ses enregistrements, toujours impitoyable pour les critiques, il court de plateaux de télévision en studios et séjourne régulièrement à Londres, à l'affût de nouvelles technologies et de nouveaux sons. Michel Polnareff est "reconnu" comme compositeur par la profession et Jean-Louis Barrault fait appel à lui pour créer la musique de scène de son dernier spectacle intitulé Rabelais. Au cinéma, c'est Gérard Oury qui lui propose de composer quelques mélodies pour "La Folie des grandeurs". "Dans la maison vide" figure sur la face A d'un 45 tours sorti l'année précédente, dont le succès se poursuivra durant de nombreux mois. En ce début des années soixante-dix, Michel Polnareff et Thierry Pastor sur tous les fronts!

QUATRE HEURES DU MATİN.
Insomnies amoureuses.

Julien Clerc Pour interpréter avec autant de cœur cette chanson de Julien Clerc, il fallait que Michel Delpech partage avec lui le souvenir des nuits d'insomnie, troublées par la passion amoureuse. En 1970, Julien Clerc est en pleine ascension professionnelle. Au plan personnel, il tente de préserver du regard des médias l'idylle qu'il est en train de vivre avec l'une de ses consœurs les plus talentueuses. Ce double défi ne se vit pas toujours dans la sérénité, et les angoisses que dévoilent des textes comme "Quatre heures du matin" ou "Je sais que c'est elle" en apportent la confirmation. Les chansons de cette époque ne traitent pas toutes d’amour. Julien est en pleine préparation des récitals qu'il va donner à l'Olympia en décembre. Il connaît la salle pour y avoir chanté quelques mois plus tôt sous le parrainage de Gilbert Bécaud, mais cette fois c'est en vedette que son public va pouvoir l’applaudir dans un répertoire où se côtoient succès confirmés (La Cavalerie, La Californie...) et nouvelles compositions, comme "La Veuve" de Joe Stan Murray qui traite de la guerre du Viêtnam. Son équipe de fidèles, parmi lesquels Étienne Roda-Gil et Maurice Vallet, s'est enrichie de l'arrangeur et chef d’orchestre Jean-Claude Petit. Grâce à son talent, le spectacle de Julien trouve un souffle nouveau, comme il le déclarera lui-même au magazine Chorus : "C’est vrai que dans ces années-là, il y avait une grande liberté de couleurs et de sons, que ce soit dans le rock'n'roll comme dans notre propre musique. Nous étions tous plus ou moins dans l'orbite des Beatles dont nous étions des fans inconditionnels."

C'EST TOUJOURS COMME ÇA, LA PREMİÈRE FOİS.
La vengeance du fils.

Serge lama En 1969, Serge Lama avait obtenu le Grand Prix de l'académie Charles-Cros pour son album "D'aventures en aventures". En 1970, il est "en vedette" à Bobino. La scène transcende vraiment le chanteur. Serge chante à Paris et en province sans s'arrêter, comme un boulimique de la scène. Cette scène que son père a été contraint de quitter à cause d’une épouse jalouse. "C’est sans aucun doute pour venger mon père que je suis devenu chanteur", déclarera-t-il à François Jenny sur Radio-France. Avec " C'est toujours comme ça la première fois" il décroche une fois de plus la timbale du succès. Encore une chanson légère d’amour, mais comme il le dit dans la revue Chorus : "Je suis vrai. Mes chansons d'amour, mes chansons drôles, mes chansons tristes sont des chansons qui sortent vraiment de moi et qui sont sincères." La sincérité est une qualité nécessaire à l’interprétation du répertoire de Serge Lama.

LA FLEUR AUX DENTS.
Au croisement du talent et de l'amitié.

joe Dassin Lorsque Joe Dassin habitait boulevard Raspail, à Paris, le Centre américain, situé en face de chez lui, organisait des concerts de musique folk. Lui-même citoyen américain, Joe assistait souvent à ces spectacles et c'est là qu'il fera la connaissance de Claude Lemesle qui deviendra son ami et parolier, celui qui écrira pour lui "Salut les amoureux", "La Bande à Jojo" ou encore "L'Été indien"."La Fleur aux dents", l’une de leur premières compositions communes, va donner l’occasion aux deux hommes de s'apprivoiser. D'une petite écriture serrée, Lemesle propose à Joe des textes qu'il consigne dans des cahiers d'écolier. Le chanteur, épris de perfection, le pousse à faire et refaire sa copie, jusqu’à ce que la phrase juste coule de la plume.

LAISSE-MOI T'AİMER.
Chypre, Tel-Aviv, Paris.

Mike Brant Une voix hors du commun, un sourire généreux, le chanteur s'avance sur scène et entonne"Laisse-moi t'aimer". Cela se passe lors du Midem (Marche international du disque)en 1970. La salle applaudit à tout rompre. Quelques semaines plus tard, sur les ondes de RTL, la chanson provoque des appels téléphoniques en nombre si important que le standard saute! Les auditeurs veulent manifester leur plaisir et en savoir plus sur cet inconnu. Mike Brant fait des débuts fracassants. Ce jeune homme, né sur l'île de Chypre d'une mère polonaise et d'un père russe, a commencer sa carrière de chanteur en Israël où il chante des mélodies traditionnelles dans les hôtels pour touristes. Sylvie Vartan, qui passait par là, tombe sous le charme de sa voix et lui conseille de venir à Paris pour tenter sa chance. Elle lui présentera son premier producteur.

L'AMÉRİQUE.
Succès français pour tube anglais.

Joe Dassin

Joe Dassin a terminé la décennie soixante en fanfare. L'album "Les Champs-Élysées" lui a fourni la bagatelle de six énormes tubes, à commencer par la chanson qui a donné son titre au 33 tours. La consécration ne se fait pas attendre : le 5 mars 1970, Joe reçoit le Grand Prix du disque de l'académie Charles-Cros. On sait le chanteur trop perfectionniste pour se satisfaire d’un tel succès. Pour lui, pas question de baisser les bras et il confie à son producteur Jacques Plait la mission de trouver "la chanson qui viendra prendre le relais. Plait connaît bien Joe, il sait en particulier que le tempérament du chanteur l'empêche d'accepter sans discuter les conseils de son entourage. Plait est justement tombé amoureux d'un disque intitulé Yellow River que vient d'enregistrer le trio anglais Christie. Pour convaincre son bouillant artiste que c'est la chanson qu'il lui faut, le producteur lui signale incidemment qu'il vient de dégoter une composition géniale pour... Johnny Hallyday! Ce subterfuge marche au-delà de toute espérance et Joe n'aura de cesse d'avoir enregistré lui-même l'adaptation en français de Yellow River, qui n’est autre que "L'Amérique".

C'EST DE L'EAU,C'EST DU VENT.

Une rencontre inhabituelle.

claude François L'une des clés de la réussite de Claude François tenait au choix de ceux qui écrivaient et composaient pour lui. On pense à Vline Buggy, responsable de ses premiers succès, ou à Jean-Pierre Bourtayre. Mais le chanteur aimait aussi enrichir son répertoire de nouvelles signatures. "C'est de l'eau c'est du vent" est à ce titre unique : il réunit en effet pour la seule fois dans la carrière de Clo-Clo, un texte de Pierre Delanoë et une mélodie d'Alice Dona. Ce best-seller permettra à cette dernière de composer pour d'autres grandes voix, parmi lesquelles Sylvie Vartan, Joe Dassin et, surtout, son ami et complice Serge Lama. A l'époque, j'étais un fan de Claude François, et J'ai bien évidemment acheté ce disque quand il est sorti, raconte Didier Barbelivien.











AVEC LE TEMPS.
Léo Ferré.

Considéré comme le porte-drapeau de l'anarchíe, Léo Ferré crée l'événement au Palais de la Mutualité, a Paris, avec une chanson qui cède la place a la poésie et au désespoir. Le poète déchiré.

Léo Ferré Avec le temps, va, tout s'en va, même les plus chouettes souvenirs..." Léo le désespéré, Léo en rage contre ce temps qu’il défie sur les scènes depuis ses premiers pas au "Bœuf sur le toit", en 1946. La réputation du chanteur n'est plus à faire. Même si les débuts ont été durs, l'homme n’a jamais fait de concessions.Fidèle à ses idées, il avait pris fait et cause pour l'anarchie. Mais les étiquettes et les drapeaux n’ont jamais séduit ce rebelle. ll disait lui même : "Je n'aime pas les drapeaux. Le drapeau noir est un beau drapeau, mais ils ont tendance à en faire un drapeau, alors merde! L'anarchie, c'est le désespoir de la solitude. En 1970, Léo le poète nous offre l’une de ses plus belles chansons, "Avec le temps". Ce n’est pas la première fois que le chanteur saura émouvoir son public avec un texte à la poésie déchirée. Il sera sans aucun doute l’un des plus grands interprètes d'Arthur Rimbaud (Le Bateau ivre) et, bien sûr, de Louis Aragon(Est-ce ainsi que les hommes vivent.Il écrira même un texte, Poètes, vos papiers. "déclaration d'amour" à la poésie et à son expression. "Avec le temps" n'est donc pas une surprise pour le public fidèle qui le suit ll n'en reste pas moins qu'en 1970, devant une salle comble à la Mutualité, Léo le "fort en gueule" recevra la plus grande ovation en chantant "Avec le temps". La chanson devient l’événement du spectacle. Le public a reconnu le poète, le passeur d'émotions fortes, ces émotions qui savent grandir les hommes et qui restent poignantes et éternelles."avec le temps", Léo Ferré a été chanté par quantité d’interprètes avec plus ou moins de bonheur. Pour se glisser sous ses mots, il faut non seulement une voix, mais également une sensibilité écorchée vive.

DIX FRANCS POUR UN CHİEN.

chien Le Palais de la Mutualité se trouve rue Saint-Victor, à Paris, dans le V° arrondissement, à deux pas du Quartier Latin. Haut lieu des débats politiques et syndicaux qui animèrent les événements de mai 68, ce n'est jamais par hasard quand un chanteur décide d'y chanter: Beaucoup d'artistes de variétés se sont produits ici, dans le cadre de concerts de soutien à différentes causes. Léo Ferré est parfaitement conscient du poids symbolique de ce lieu quand il décide d'y donner une série de concerts. Fidèle à ses idées, il fixe un prix d'entrée unique à dix francs pour permettre au plus grand nombre d'assister au spectacle, ce qui déclenche de vives réactions dans le monde du show-biz! Léo pousse la provocation jusqu'à titrer son spectacle :"Un chien à la Mutualité".

Jésus Christ.
Johnny halyday.

Hallyday

"Jésus christ" est une chanson de Johnny Hallyday. Elle sort en 45 tours le 25 avril 1970 et clos l'album (à paraître le 6 novembre de cette même année), "Vie",Composé par Eddie Vartan et écrite par Philippe Labro, la chanson à sa sortie est l'objet de vives polémiques et contestations et est interdite de diffusion sur les radios et à la télévision.

Historique.

Jésus Christ (et On me recherche, proposée en face B du single), marque la première collaboration du chanteur avec le journaliste Philippe Labro ; une rencontre artistique qui va profondément marquer la carrière de Johnny Hallyday. En cette période ( fin années 1960 début années 1970), qui voit le mouvement hippie et le Peace and love, en réaction à la guerre du Viêt Nam, se propager dans le monde occidentale, Jésus-Christ est un "personnage en vogue"(1970 est l'année où sort l'album concept Jésus Christ Superstar (avant de s'imposer l'année suivante sur la scène de Broadway). C'est dans ce contexte que Philippe Labro imagine que si Jésus de Nazareth vivait aujourd'hui, ce dernier serait un hippie, qu'il aimerait les filles aux seins nus, participerait au festival de Woodstock, fumerait de la marie-jeanne et serait régulièrement arrêté pour vagabondage : "S'il existe encore aujourd'hui, il doit vivre aux États-Unis [...], il doit fumer de la marie-jeanne avec un regard bleu qui plane / Jésus, Jésus-Christ, Jésus-Christ est un hippie [...], Autour de son front un bandeau, il est barbu et chevelu [...], il aime les filles aux seins nus, il est né à San Francisco [...], il vit dans un sac de couchage, on n'arrête pas de l'arrêter pour délit de vagabondage, au grand festival de Woodstock C'est lui qui soignait les blessés [...]" L'idée de la chanson vient à Labro après un voyage aux États-Unis : "J'avais noté une ressemblance frappante entre le mouvement hippie et quelque chose de Jésus christique, je m'étais dit que s'il revenait aujourd'hui, Jésus Christ serait sans aucun doute un hippie. [...] Alors que je n'avais jamais écrit de chanson de ma vie, j'ai fait le texte [...], je l'ai montré à Eddie en lui disant, soit on le donne à un petit chanteur et la chanson restera dans un circuit parallèle [...] ; soit on la propose au chanteur le plus écouté, le plus représentatif de sa génération, Johnny Hallyday et il se passera forcément quelque chose. Johnny a tout de suite compris l'importance de ce texte... Et cela n'a pas manqué..." À sa sortie le scandale est immédiat, la chanson est interdite à l'ORTF et plusieurs magasins retirent le disque de leurs rayons. Une censure qui a pour effet de doper les ventes. Pour autant, la polémique ne retombe pas et des débats sont organisés entre des hauts dignitaires de l'église catholique et Philippe Labro (l'auteur et l'interprète sont alors menacé par le Vatican d'excommunication). Jésus Christ est du tour de chant de la tournée d'été et d'automne d'Hallyday. En novembre et décembre, aux Antilles et au Canada c'est une affiche qui le présente moustachu et torse nu crucifié sur une guitare qui crée l'émotion. Après des remous à Pointe-à-Pitre, les étapes canadiennes sont elles aussi émaillées de plusieurs incidents. La chanson n'a plus été reprise par l'artiste sur scène ; toutefois, un autre titre, en 1982, Veau d'or, vaudou fait une nouvelle fois allusion à un Jésus hippie : "[...] Le jeune hippie de Bethléem qui se battait avec des fleurs, vous l'avez démoli vous-mêmes... " (album La Peur).