Michel Polnareff

Michel Polnareff, porte-parole des beatniks à la française.

Porteurs du message libertaíre de la contre-culture, quelques Nouveaux compositeurs entendent sonner le glas des yéyés et tourner en dérision toute forme de conformisme. En 1966, l'esprit de consensus semble bien révolu !

RÉVOLUTİONS CULTURELLES.

Malgré la volonté française de sortir de l'impasse, le bipolarisme de l'après-guerre reste d'une brûlante actualité.

L'ENGAGEMENT US ET LES GARDES ROUGES.

GL'S Tandis que l'affaire Ben Barka, du nom de cet opposant de la gauche marocaine enlevé en plein cœur de Paris le 29 octobre 1965, agite chaque jour davantage les milieux politiques français et jette sous le feu des projecteurs les services de contre-espionnage, la guerre fait rage dans le Sud-Est asiatique. Farouchement décidés à stopper l'expansion communiste. les États-Unis accentuent en effet leur aide aux militaires du Sud-Viêtnam.Une telle option politique coûtera deux milliards de dollars par mois aux contribuables américains, à quoi s'ajoute l'envoi de quelque 40 000 soldats sur le front. Cette volonté de l'Amérique d'assurer pleinement son rôle de gendarme du monde est diversement appréciée. La France, qui annonce par ailleurs son retrait prochain de l'OTAN, y est hostile. Par la voix de son président en visite officielle au Cambodge, elle réclame pour les "peuples de l'Indochine le droit de disposer d'eux-mêmes." Le président Johnson et son administration, à coup sûr, apprécieront... La Chine de Mao est quant à elle bien plus radicale encore. Non seulement elle rejette tout ce qui peut témoigner de l'influence occidentale,à commencer par les églises chrétiennes mais elle entend également rompre avec les "révisionnistes" de Moscou. Sous l'impulsion des gardes rouges de Pékin, la révolution culturelle est en marche!

Gl's sur le front vietnamien.

L'ENGAGEMENT US ET LES GARDES ROUGES

En Chine, la révolution culturelle est en marche.

LE PREMİER "LOVE-İN".

Aux États-Unis, aussi, la révolte gronde. Venus de tous les États, des milliers de jeunes non-violents se mobilisent contre la politique interentionniste de Washington et, au terme souvent d'un long voyage, se retrouvent sous le ciel californien. Mais que désirent donc tous ces hippies qui se sont mis des fleurs dans les cheveux et qui, ensemble, communient sur la pelouse du Golden Gate Park de San Francisco en ce 6 octobre ? La fin de la guerre et de toutes les intolérance cela va sans dire, mais encore le droit de se reconnaître dans une culture alternative - une contre-culture caractérisée notamment par un retour aux sources et par un attrait réel pour les philosophies de l'Inde. À cette "jeunesse fleurie", qui est en train de sucomber au charme du psychédélisme David Thoreau,Aldous Huxley et Timothy Leary apparaissent alors comme les nouveaux porte-parole.

LES MAUX DU MONDE SUR GRAND ÉCRAN.

Totalitarisme, conflit des générations, frustrations : le septième art ne reste pas indifférent aux maux si nombreux qui rongent les nations. Avec Farenheit 451, adapté d'un roman de Ray Bradbury, François Truffaut décrit un monde où les livres sont brûlés - étranges et inquiétantes images qui rappellent les heures sombres du nazisme. Quant à Mike Nichols, avec "Qui a peur de Virginia Woolf ?" interprété par Elizabeth Taylor et Richard Burton, il préfère parler, jusqu'à l'insoutenable parfois, de toute la détresse d'un couple à la dérive. Mais le rire n'est pas cependant absent des salles obscures. Pour la seconde fois, en effet, Gérard Oury réunit Bourvil et Louis de Funès : La Grande Vadrouille va enthousiasmer plus de dix-sept millions de spectateurs français. Un record qui ne sera pas battu avant longtemps!

la bande annonce du film
"Farenheit 451".

La bande annonce du film
"Qui a peur de Virginia Woolf ?"

La bande annonce du film
"La Grande Vadrouille".

La bande annonce du film
"Un Homme et une Femme"

LA CHANSON FRANÇAİSE S'ÉMANCİPE.

Les beatniks ne portent pas seulement les cheveux longs, ils ont aussi beaucoup d'idées sur la société. Leurs musiques et leurs textes vont considérablement faire évoluer les mentalités.

CHEVEUX LONGS ET CHEMİSES A FLEURS.

Le vent joyeux et protestataire de la contre-culture, qui souffle depuis quelque temps maintenant sur les États-Unis, franchit en cette année l'Atlantique pour balayer l'Angleterre,puis bientôt la France. En effet, 1966 voit dans l'Hexagone l'émergence d'une nouvelle génération d'auteurs-compositeurs. Ils se reconnaissent dans la poésie beat de Jack Kerouac et dans l'idéalisme des hippies californiens, influencés autant par le folk-rock de Bob Dylan que par le rock anglais des Beatles et des Stones. Ils entendent tourner la page du yéyé et dispenser de nouveaux messages à toute une jeunesse mal à l'aise, avec laquelle ni les parents ni les professeurs n'osent aborder le délicat problème de la sexualité. Portant les cheveux longs et des chemises à fleurs, Antoine fait au départ figure de Vilain petit canard dans le paysage musical français. Cet ingénieur, fraîchement sorti de Centrale, ne se sent guère attiré par les chanteurs à texte de la génération précédente - seule la guitare acoustique, pourrait le rapprocher de Brassens, mais, dans ses "Élucubrations", il s'amuse à regler ses comptes avec les yéyés, à commencer par Johnny Hallyday, le premier d'entre eux. Michel Polnareff, lui aussi, a toutes les allures d'un beatnik. Comme Antoine, il n'y va pas par quatre chemins pour fustiger les hypocrisies du monde adulte - à cet égard, les paroles de "L'Amour avec toi"sont d'une déconcertante limpidité. Mais le message passe d'autant mieux que ce "clochard céleste", pour reprendre le titre d'un livre de Kerouac, apparaît dès ses premiers disques comme l'un des plus brillants mélodistes de sa génération, même s'il a de toute évidence beaucoup écouté John Lennon et Paul McCartney.

Antoine

Antoine accompagné par les problèmes, les Futurs... Charlots

Johnny Hallyday
Cheveux Long Et Idées Courtes.

ANTOİNE CONTRE JOHNNY.

A l'image de L'Angleterre, qui se délecte à opposer les "méchants" Rolling Stones aux "gentils" Beatles, la jeunesse française se trouve en cette année partagée entre Antoine et johnny Hallyday, qui représentent deux images antagonistes de la nouvelle chanson française. C'est Antoine, qui, dans ses Élucubrations, a déclenché les hostilités en suggérant que l'on mette Hallyday en cage à Medrano. lnterloquée, l'idole des jeunes riposte aussitôt et enregistre "Cheveux longs, idées courtes", dont les paroles de Gilles Thibaut se veulent particulièrement cinglantes : "Si Monsieur Kennedy aujourd'hui revenait/Ou si Monsieur Gandhi soudain ressuscitait/Ils seraient bien étonnés quand on leur apprendrait/Que pour changer le monde il suffit de chanter Da da da Dam dam/ Et surtout avant tout d'avoir les cheveux longs/Crier dans un micro :"je veux la Liberté"/Assis sur son derrière avec les bras croisés." Comme les Élucubrations d'Antoine - et en dépit du fait que sa mélodie ressemble beaucoup à celle de My Crucified jesus du compositeur belge Ferré Grignard (paradoxalement un véritable beatnik comme Antoine) -, Cheveux longs, idées courtes s'installera à la première place du hit-parade. Et, surtout, cette chanson ouvrira une brèche où ne manqueront pas de s'engouffrer tous les contempteurs d'Antoine. Ainsi Ronnie Bird, le "plus anglais des chanteurs français", confiera à Salut les copains : "je n'ai rien contre Antoine lui-même; ce qui m'agace,c'est le snobisme imbécile qui s'empare des gens à son propos. On croit découvrir les beatniks, les cheveux longs, les problèmes des jeunes, et on ne fait sur ces sujets qu'enfoncer des portes ouvertes." Enfin, alors que la polémique bat son plein, un jeune chanteur du nom d'Édouard, portant lui aussi des cheveux longs et des bermudas... à fruits, fixe à son tour dans la cire une réponse en forme de pastiche à la chanson d'Antoine : Les Hallucinations d'Édouard.Tendres, tendres années soixante...

AntoineAntoine














UN NOUVEAU, TON DANS LES MEDİAS.

Ton Dans les media Dans une très large mesure, les médias vont amplifier le succès de ces auteurs-compositeurs. En 1966, Radio Luxembourg, qui devient RTL, recourt aux services de Mike Pasternak. Plus connu sous le nom de Rosko, celui-ci possède une liberté de ton qui, là encore, est toute nouvelle - une liberté inspirée des stations pirates anglaises. La presse suit également le mouvement. Fondé par des journalistes de Jazz Hot, Rock & Folk, S’adresse à tous les jeunes épris des nouveaux rythmes, pour qui les Rolling Stones, Bob Dylan, Antoine ou Hugues Aufray sont devenus les porte-parole de la culture alternative.




MİCHEL POLNAREFF.

Influencé au départ par les songwriters anglo-saxons, Michel Polnareff s'affirmera ensuite comme l'un des grands artisans du renouveau de la chanson française.

Michel PolnareffLe visage blême, le regard perdu dans de lointaines pensées, les cheveux longs et les doigts d'une finesse toute aristocratique, Michel Polnareff n'aurait certainement pas détonné dans le cercle des poetes maudits de la fin du XIXe siècle. Seulement, il appartient ã cette génération du "baby-boom" qu'a lu Jack Kerouac et Allan Ginsberg. et qui a vibré aux sons nouveaux du rock'n'roll. Ces références "contre-culturelles", pour ne pas dire marginales, à quoi s'ajoute un bagage musical classique prestigieux - un premier prix de piano dès l'âge de douze ans! ne pouvaient que faire explorer au jeune et sensible compositeur l'une des voies les plus originales de la chanson française.Je n'aime pas les disques français. je veux dire, je n'aime pas les adaptations.On m'a dit : "Il ne faut pas le dire." Pourquoi ça? Moi,je dis :"j'ai horreur des adaptations." Il faut créer des originaux français, voilà tout...





LES MARCHES DU SACRÉ-COEUR.

Michel Polnareff Bien qu'il soit le fils de Léo Pol, qui a composé naguère Le Galérien et un jeune homme chantait pour les Compagnons de la chanson et Édith Piaf, Michel Polnareff (né à Nérac, dans le Lot-et-Garonne, le 3 juillet 1944) doit sa carrière musicale essentiellement au rock anglo-saxon. Après avoir étudié sans grande motivation dans bon nombre d'écoles parisiennes, passé plusieurs mois sous les drapeaux à Montluçon, puis gagné tant bien que mal sa vie comme vendeur de cartes postales et courtier en assurances, il commence à traîner ses guêtres à Montmartre, la guitare en bandoulière pour donner un sens à ses rêves. "J'avais appris trois accords grâce à un bouquin de poche que m'avait prêté un copain raconte-t-il à Jean-Pierre Frimbois dans SLC. Cela me permettait de faire illusion en interprétant, place du Tertre, des chansons de folklore américain."

L'AME D'UN NOVATEUR.

Peu après son retour à Paris, Michel Polnareff s'ïnscrit à un concours organisé à la Locomotive par le magazine Disco Revue. Dès lors, les évenements s'accélèrent. Non seulement il sort victorieux de ce crochet, mais, grâce à son ami Gérard Woog, il entre en relation avec Lucien Morisse, qui, en tant que responsable des disques AZ, lui fait immédiatement signer un contrat :c'est le début d'une éblouissante carrière! Tout au long des années soixante ,Michel Polnareff n'aura pas cessé de se renouveler et d'élargir l'horizon de la chanson française. Si ses mélodies et ses rythmes, enrichis d'arrangements sophistiqués mais jamais pompeux, le propulsent parmi les compositeurs les plus originaux de l'après-guerre, la richesse des images employées, son franc parler, également, en font un poète digne de Bob Dylan ou de John Lennon :"La poupée qui fait non", "Love me, please love me "et "L'Amour avec toi" - ses trois premiers hits - puis "Sous quelle étoile suis-je né ?", "Âme câline", "Le Bal des Laze", "Tous les bateaux, tous les oiseaux "ou "Dans la maison vide " sont là pour le prouver. Au début des années soixante-dix, après avoir composé plusieurs hymnes à la jeune génération émancipée et écrit pour le cinéma, Michel Polnareff décidera de poursuivre sa carrière aux États-Unis, non sans susciter bien des regrets. Mais cela est une toute autre histoire...

L'EXPERİENCE ANGLAİSE.

Les États-Unis étant pour l'heure trop loin, le jeune musicien décide de tenter sa chance en Angleterre, où tout lui semble possible. Dans les clubs du Swingin” London, comme le Flamingo et le Marquee, il a l'opportunité d'applaudir la plupart de ses idoles, qui vont l'inciter à poursuivre dans la voie du rock. Mais les directeurs artistiques londoniens ne se sentent pas prêts pour autant à accorder leur confiance à un artiste français, même si ses premières compositions méritent une attention particulière. Résultat : Michel repasse la Manche! "Je n'ai tout de même pas perdu mon temps au cours de ces deux mois, précise-t-il à Jean-Pierre Frimbois. J'ai vu jouer tous les grands groupes anglais - les Beatles, les Stones, les Animals, les Who. J'ai cultivé à fond ma pratique de la langue de Shakespeare."

"LA POUPÉE QUİ FAİT NON".
Echec anglais, succès français...

Lors de son séjour en Angleterre durant l'hiver 1965-1966, Michel Polnareff n'hésite pas à frapper aux portes des maisons de disques afin de proposer une chanson qu'il vient d'écrire,"The Doll who said no". Ayant essuyé divers refus de la part des directeurs artistiques londoniens, le jeune compositeur retourne à Paris, décide d'adapter son morceau en français et,pour ce faire, de recourir aux services de Frank Gérald (le beau-frère de Pierre Delanoë). Polnareff prend aussitôt le premier avion pour Londres et enregistre sa chanson dans un studio fréquenté par le folk-singer Donovan, accompagné par Jimmy Page, l'un des meilleurs guitaristes de la scène rock anglaise. C'est cette bande que Lucien Morisse écoutera avec un soin tout particulier. Sorti chez AZ, "La Poupée qui fait non" va connaître un retentissant succès. Avec cette chanson, Michel Polnareff non seulement rompt avec les yéyés, qui se contentaient le plus souvent d'adapter le répertoire anglo-saxon, mais, pour ce qui est du travail sonore et de la mélodie, il va beaucoup plus loin qu'Antoine, beatnik sur lequel jusqu'alors les regards se cristallisaient. Ce n'est donc en rien le fruit du hasard si ce premier coup de maître grimpera haut dans les hit-parades et passera à longueur de journées sur les stations de radio : la chanson française va s'affranchir de l'influence anglo-américaine.Trente ans plus tard.

HUMOUR ET POÉSİE.

Sur des rythmes différents, Serge Gainsbourg, Pierre Perret et Georges Brassens jouent avec les mots. D'autres artistes se montrent plus nostalgiques. Ainsi Charles Aznavour, Hugues Aufray et Christophe.

İL N'Y A PAS D'AMOUR HEUREUX.
La prière de Georges.

georges brassens Participant à l'émission de Jacques Chancel Radio-scopie en 1971, Brassens s'est expliqué sur les origines de son œuvre : "J'ai mis un jour en musique le poème d’Aragon" Il n 'y a pas d'amour heureux " et je me suis aperçu que le poème de Francis Jammes, La Prière, avait le même maître et qu’elle marchait sur la même musique. J'ai chanté les deux à Patachou et elle a choisi "La Prière". Enregistré dès 1953 par Brassens lui-même, ce poème d’Aragon connaîtra un nouveau succès en 1966. Il faut savoir toutefois qu’il n’a pas voulu chanter la dernière strophe. Marc Robine et Thierry Séchan en expliquent les raisons : "D'abord, ces mots étaient par trop impudiques. Ensuite, un anarchiste ne pouvait pas chanter" "l'amour de la patrie". Enfin, le dernier vers était d’un optimisme qui ne pouvait satisfaire George Brassens." (Georges Brassens. Histoire d'une vie, J'ai lu.) Parmi les artistes issus de la nouvelle vague

LES JOLİES COLONİES DE VACANCES.
Youkaïdi aï-dï-aï-da...

Pierre perret
Héritier de Rabelais et de Georges Brassens, Pierre Perret se délecte à jouer avec les mots, avec la poésie imagée de Pargot. Les Jolies Colonies de vacances constitue à cet égard un petit chef-d’œuvre. La mélodie, entraînante, est facile à retenir - à l'instar des paroles, crues et drôles, comme l’aiment les adolescents. Qui plus est,cette chanson agit comme un baume. En un rien de temps, elle sèche les larmes de toutes ces chères têtes blondes qui, pour quelques semaines,doivent quitter le nid familial.Pourtant, dès sa parution, le disque fera scandale et, malgré le soutien de Guy Lux, Pierre Perret se verra écarté des plateaux de télévision. Les censeurs, il est vrai, ont toujours manqué d'humour!

JE VOUDRAİS ETRE NOİR.
Black is beautiful.

Nino Ferrer Tout d'abord guitariste dans l'orchestre de Nancy Holloway, Nino Ferrer entame une carrière solo à partir de 1964. Un sens du verbe et des rythmes venant en droite ligne du jazz Nouvelle-Orléans ou du rock'n'roll, il n'en faut pas plus pour séduire les foules, particulièrement les jeunes qui n'aiment pas que l'on se prenne trop au sérieux. Avec "Je voudrais être noir", le chanteur-compositeur d'origine italienne rend hommage aux grands créateurs de rhythm'n'blues, hommage d'autant plus percutant que la communauté afro-américaine cherche alors à glorifier sa propre culture.

LA GRANDE ZOA.
Des boîtes parisiennes aux studios.

Régine

Devenue la reine de la nuit parisienne après avoir ouvert le New Jimmy's Ryan à Montparnasse, Régine décide de se lancer dans la chanson - cette fois comme interprète. Et elle a bien raison, car elle a une voix et de la personnalité à revendre. Bref, à une époque où Michel Polnareff et Jacques Dutronc semblent capables de tout balayer sur leur passage, elle renoue avec le music-hall façon Fréhel ou même Piaf - qu'elle adapte toutefois au goût du jour. Après "Les Petits Papiers", que lui a écrit Serge Gainsbourg, elle enregistre "La Grande Zoa", une composition de Frédéric Botton. Le succès sera au rendez-vous, puisqu'elle remportera bientôt le Prix de Pacadémie Charles-Cros!

LA BOHÉME.
Le temps des zazous.

monsieur carnaval Sur un livret de Frédéric Dard et des paroles de Jacques Plante, Charles Aznavour écrit la partition de l’opérette Monsieur Carnaval, présentée en 1965 au théâtre du Châtelet, avec Georges Guétary comme artiste vedette. La Bohème en est extrait. "Je vous parle :d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître" si, en 1966, le compositeur remanie sa chanson et l'enregistre avec des cordes, le message, lui, reste le même et peut apparaître comme un conseil - ou encore un avertissement - lancé aux idoles des années soixante, dont certains ont tendance à penser que le monde a débuté avec elles. Quoi qu’il en soit, jeunes et moins jeunes, anciens zazous et nouveaux beatniks, s’accorderont à reconnaître en "La Bohème" l’une des chansons phares de l'année.

L'AMOUR AVEC TOİ.
"Des sels pour l'archevêque."

Michel polnareff Michel Polnareff ne s'est jamais senti très attiré par Faction politique :"Je ne suis pas un chanteur de protest-songs, a-t-il dit un jour. C'est ridicule de chanter contre la guerre, qu'elle soit au Viêtnam ou ailleurs, lorsqu'on vit en France." Cela étant, la société dans laquelle il vit ne lui convient guère, et il n'hésite pas à le dire ou, plus exactement, à le chanter : "Il est des mots qu'on peut penser / Mais à ne pas dire en société / Moi je me fous de la société / Et de sa prétendue moralité / J'aimerais simplement faire l'amour avec toi." On raconte même qu'il a fallu des sels à l'archevêque de Paris lorsqu'il a entendu pour la première fois cette chanson.. À l'époque, l'ORTF n'autorisera d'ailleurs son passage que tard dans la soirée

LES SUCETTES.
Un sulfureux sucre d'orge...

Serge gaindbourg et france gall

Après avoir perpétué l'image intellectuelle de Saint-Germain-des-Prés, Serge Gainsbourg se met à écrire pour la jeune génération. Ce n'est pas France Gall qui s'en plaint, laquelle obtient un nouveau hit avec "Les Sucettes". Quant à Gainsbourg, qui traîne derrière lui une sombre réputation de misogyne, il s'amuse beaucoup. Sur une mélodie gracieuse, sucrée comme un... sucre d'orge, il jongle avec les mots et les images. "Lorsque le sucre d'orge parfumé à l'anis/coule dans la gorge d'Annie/Elle est au paradis" : manifestement, les gardiens de la morale française ne connaissent pas le second degré. Sans quoi, Gainsbourg le sulfureux aurait eu maille à partir avec la censure.

LOVE ME,PLEASE LOVE ME.
Prix de la critique.

michel polnareff "Love me, please love me" Avec ce titre, le compositeur donne une nouvelle impulsion à sa carrière. Dépassant ses influences, qui vont de Chopin aux Beatles, il s'impose comme LE mélodiste que le monde de la chanson française attendait (même si certains passages de cette œuvre peuvent évoquer Georgia on my mind de Ray Charles). Les professionnels ne s'y trompent pas : le jury de la Rose de France d'Antibes-Juan-les-Pins décernera à l'unanimité à "Love me, please love me" le Prix de la critique. Le grand public, lui, placera cette chanson première au hit-parade. Michel Polnareff a prouvé que l'on pouvait écrire une chanson d'amour sans mièvrerie



L'ÉPERVİER.
Folklore sud-américain.

Hugues Aufiay 1966 est décidément une année prolifique pour Hugues Aufiay. Avant l'enregistrement de Céline, il a sorti un 45-tours' qui comprend notamment "Les Crayons de couleur"et "L'Épervier". L'entente entre le parolier Pierre Delanoë et le chanteur comme à l'habitude, porte ses fruits. Hugues Aufray a écrit la musique et enrichit ce folk-song "francisé" d'une petite touche exotique latino-américaine, à laquelle : n'est pas restée insensible Nicole Croisille, parfaitement à l'aise dans tous les styles de la musique populaire.

CÉLİNE.
Regrets et tendresse.

Hugues Aufray Après avoir adapté le répertoire de Bob Dylan, Hugues Aufray frappe de nouveau un grand coup avec Céline. Si la musique a été écrite par Mort Shuman, l’un des compositeurs les plus appréciés du "Brill building sound" (compositeurs de Broadway qui ont réussi le mariage entre variétés et rock’n’roll) et si les paroles françaises sont l'œuvre de Vline Buggy, Hugues Aufray, qui a également collaboré au texte, y ajoute sa "patte" - entendons sa voix chaleureuse et envoûtante - ce qui vaudra à Céline de grimper à la première place du hit-parade dans plusieurs pays d'expression française. Un tel succès, dit-on, entachera quelque peu les relations entre Vline Buggy et Claude François, qui aurait tant aimé chanter "Dis-moi Céline/Les années ont passé/Pourquoi n’as-tu jamais pensé à te marier/De toutes mes sœurs qui vivaient ici/Tu est la seule sans mari." Mais le destin en a voulu autrement! C’est Hugues Aufray qui rendra hommage à toutes ces femmes un peu piégées par la vie.

QUİ EST İN, QUİ EST OUT.
Le son du Swíngin' London.

Serge Gainsbourg "Tu aimes la nitroglycérine / Cest au Bus Palladium qu'ça s'écoute / Rue Fontaine il y a foule / Pour les petits gars de Liverpool": sons distordus des guitares électriques et paroles qui restituent bien les chaudes ambiances de l'époque, Serge Gainsbourg amorce là un virage rock'n'roll, séduit par les groupes du Swingin'London. "Qui est in, qui est out", en effet, où le "fran-glais" fait son apparition, a été enregistrée à Londres avec des musiciens anglais. Dès lors, pour des raisons diverses, le beau Serge aura un faible pour l'Angleterre...

ET MOİ,ET MOİ ET MOİ.

Avec nonchalance et humour Jacques Dutronc jette un regard acide sur la société. Mais la comparaison avec les beatniks s'arrête là

Jacques DutroncAvant que la France adolescente ne réserve un accueil triomphal à "Et moi et moi et moi", Jacques Dutronc a d’abord "roulé" pour les autres. Habitué du Golf Drouot dès le tout début des années soixante, il a en effet été le guitariste d'El Toro au sein des Cyclones, puis, après son service militaire, Celui d’Eddy Mitchell. À cette époque, il a même composé "Le Temps de l'amour" pour une certaine Françoise Hardy, grâce à quoi sa future compagne entrera en bonne place dans les hit-parades. Mais ce n’en est pas moins en 1966 que les choses sérieuses commencent. Grâce à Jacques Wolfsohn, qui est le directeur artistique de Françoise Hardy, Dutronc fait la connaissance de Jacques Lanzmann. Lanzmann, on ne le présente pas : alors rédacteur en chef du mensuel Lui, il est aussi et surtout un romancier célèbre et un scénariste déjà reconnu. Les deux Jacques se sentent immédiatement sur la même longueur d’ondes et décident de faire équipe, l'un écrivant les paroles, l’autre la musique. Plusieurs chansons sont ainsi créées. Il reste uniquement à trouver un artiste pour les interpréter. Mais personne ne se bousculant au portillon, Dutronc décide de franchir le Rubicon.... "Neuf cents millions de crève-la-faim/Et moi et moi et moi/Avec mon régime végétarien/Et tout le whisky que je m’envoie/J'y pense et puis j’oublie/C’est la vie c’est la vie" : sur un rythme saccade de guitares, les paroles de Lanzmann sonnent aux oreilles de certains comme un hymne à l'individualisme ou bien encore au "j'm'en-foutisme", alors que pour d’autres elles traduisent le regard à la fois troublé et désabusé que portent deux artistes sur le monde des années soixante. Mais quelle que soit l’interprétation que l'on en donne, cette première chanson du tandem Dutronc-Lanzmann fait mouche et, avec son humour dévastateur, met fin à la suprématie d’Antoine. Si ce n’est la dérision, tout distingue d'ailleurs Jacques Dutronc du compositeur des Élucubrations. Étranger à la mode beatnik, il ne porte pas les cheveux longs et, aux chemises à fleurs, préfère les costumes impeccablement coupés. Bref, il y a du dandy chez lui, aussi bien dans le look que dans la nonchalance. Mais, calculée ou non, l’image que Dutronc donne de lui plait-tout comme ses chansons

L'Humour toujours.

"Le génie de Dutronc est d'avoir mis sur des textes riches et bourrés d'humour une musique ultra-simple, mais bien carrée et qui déménage. Ajoutez un studio bien hermétique, quelques bons musiciens, un autre jacques (Wolfsohn, le cerveau artistique) et vous obtenez une série de tubes bien solides. Ça aurait très bien pu ne pas marcher et ça n'aurait vraisemblablement pas marché si le jacques en question s'étaient pris un tant soit peu au sérieux." Éric Vincent, dans Salut les copains, décembre 1966

Johnny Hallyday.
"La Génération perdue".

Johnny Hallyday

La Génération perdue est une chanson écrite et interprétée par Johnny Hallyday et Long Chris en 1966. Elle donne son nom à l'album éponyme de Johnny Hallyday compositeur du titre et est également enregistrée par son auteur Long Chris, sur des paroles légèrement différentes. Jean-Philippe Smet et Christian Blondieau se connaissaient déjà avant que l'un ne devienne une vedette de la chanson au succès fulgurent en 1960 sous le nom de Johnny Hallyday et que l'autre, en 1962, "devenu" Long Chris y débute à son tour. Amis, depuis leur rencontre en 1956 à la patinoire Saint-Didier à Paris, où à la sortie, Christian prête la main à Jean-Philippe dans une bagarre... Ils partagent la même passion pour le rock 'n' roll... se retrouvent au Golf Drouot (avec d'autres copains nommés Claude Moine ou encore Jacques Dutronc)... En 1966, Johnny Hallyday cherche de nouveaux thèmes pour ses chansons : "Ce que m'écrivent mes paroliers c'est bien, confit-il un soir à son ami, mais je veux à présent dans mon répertoire des chansons qui racontent mon histoire, ton histoire, celles de tous les jeunes. Je veux qu'ils se sentent concernés, qu'ils se reconnaissent dans le texte... Mes paroliers ne peuvent pas le faire, parce qu'ils n'ont pas notre âge, ils n'ont pas vécu comme nous [...]. Seul quelqu'un qui a vécu tout ça peut écrire un texte là-dessus [...], je veux quelque chose sur le conflit des générations." C'est ainsi que Long Chris, à qui Hallyday confie une musique qu'il vient de composer, se voit promu parolier, avec pour mission - accomplie - de lui proposer un texte pour le lendemain. La chanson est enregistrée à Londres en août et sort en super 45 tours le 20 septembre.