bonne année

Pour Edith Piaf,l’année commence par des chansons et un film,"Les amants de demain",qu’elle interprète avec Armand Mestrai et Michel Auclair.

Vive la Ve République !

C'est en pleine crise algérienne que le général de Gaulle redonne espoir aux Français. Avec les institutions de la nouvelle république, le pays se tourne résolument vers l'avenir.

DE GAULLE À LA RESCOUSSE.

Charles de Gaulle Comme aux heures les plus sombres de la débâcle,la France réclame un homme providentiel.La situation en Algérie l’exige.Le 13 mai,soutenus par les parachutistes, d’ardents partisans de l’Algérie française envahissent le siège du gouvernement général, tandis que d’autres occupent le bâtiment de la radio à Oran.Plus révélateur encore, un comité de salut public est créé, avec notamment Jacques Massu, Jacques Soustelle et Raoul Salan, comité dont on ne sait pas très bien s’il veut rompre avec la métropole ou, au contraire, s’entendre avec elle pour apporter des réponses concrètes à l'épineuse question algérienne. Pour l'heure, le gouvernement s’inquiète, s’affole, et les forces de gauche manifestent dans la rue.L’homme providentiel, c’est une fois de plus le général de Gaulle. Depuis quelque jours, ce dernier ne cesse de recevoir les responsables politiques, avant que le président René René Coty fait appel à Charles de Gaulle pour former le gouvernement. Coty lui-même ne l’appelle à la rescousse.Le pouvoir devenu vacant après la démission du gouvernement Pflimlin et fort du soutien de l’Assemblée nationale, l’homme du 18 juillet reprend les choses en main.Le 4 juin il se rend en Algérie. Face à des milliers de pieds-noirs réunis à Alger, il déclare triomphalement: "Je vous ai compris", ajoutant même peu après :"Vive l’Algérie française!"

René Coty fait appel à Charles de Gaulle pour former le gouverment.

Charles de Gaulle

De Gaulle en Algérie.

NAISSANCE DE LA Vème REPUBLIQUE.

Depuis longtemps,de Gaulle a compris la nécessité vitale de mettre fin au régime des partis et de donner au pays des institutions fortes et modernes. En septembre.Il soumet donc au référendum la Constitution de la Vème République, qui donne de nouveaux pouvoirs au président de la République - lequel est pour le moment élu par un collège de notables-, et crée la fonction de Premier ministre. Cette constitution est approuvée par près de 80 % des électeurs.C’est mieux que les résultats obtenus par l`UNR, le nouveau parti gaulliste, aux élections législatives de novembre; c’est mieux aussi que le score du général lors de l’élection présidentielle de décembre.

Raymond Souplex

Raymond Souplex, le commissaire Bourrel des "Cinq Dernier minutes

Un extrait des "Cinq Dernnière Minutes."

PREMIERE PAGE, DE LA MODERNITE.

Avec de Gaulle et la V° République, la France entre dans une nouvelle ère. Tout cela se traduit par un souffle d`optimisme dont profite le Cinéma. Ainsi, Ascenseur pour l'échafaud et Les Amants de Louis Malle, Mon oncle de Jacques Tati et Les Grandes Familles de Denys de La Patellière s'inscrivent-ils parmi les grands succès de l'année qui dament le pion aux superproductions hollywoodiennes. La télévision tire également profit de ce nouvel état d`esprit. Moins d’un million de ménages ont fait l’acquisition d’un récepteur, mais l’écrasante majorité d`entre eux se passionne pour Les Cinq Dernières Minutes, une enquête policière avec Raymond Souplex dans le rôle du commissaire Bourrel, ainsi que pour les premières retransmissions sportives. Bref, le moment est donc venu de se tourner vers l’avenir. Les quelque quarante et un millions de visiteurs de l’Exposition universelle de Bruxelles, eux aussi, sont parmi les premiers à le comprendre!

Une nouvelle pression.

Les monstres sacrés d'hier sont toujours là. Mais ce sont surtout les nouveaux talents qui montrent que la chanson française,comme le pays, est en train de changer en profondeur.

CHANSONS ET MEDIAS.

Bruno Coquatrix et Dalida Si Europe 1 doit à Lucien Morisse de voir croître au fil des semaines ses auditeurs, les autres stations possèdent également des hommes de talent. Aujourd`hui, on les appelle des programmateurs. C’est à eux que s’adressent les attachés de presse et les directeurs artistiques des grandes compagnies de disques en espérant les convaincre de passer à l’antenne leurs dernières productions. Parmi ces programmateurs se trouve un certain Pierre Grimblat.À partir du mois d`octobre, il anime sur Radio-Luxembourg une émission baptisée "La Courte Échelle", en référence à une chanson que vient d’écrire Gilbert Bécaud avec Louis Amade, une émission dont le but est de faire connaître les jeunes talents. La Semaine d'une vedette, qui révèle aux auditeurs de Luxembourg les projets et l’emploi du temps des artistes, connaît elle aussi un vif Succès Chaque Samedi en fin d’après-midi. Bécaud, non seulement. en a écrit l’indicatif, une adaptation du Rideau rouge, mais participe aussi à la première. Voilà bien un compositeur qui a le vent en poupe, d'autant que C'est merveilleux l’amour, Viens danser, Le mur ou Le jour où la pluie viendra ont littéralement plébiscités par le grand public. La télévision accorde également une place de plus en plus importante à la musique et aux spectacles. On connaissait déjà les 36 chandelles, puis les 36 chansons, de Jean Nohain, ou bien encore Les Rendez-vous de Jacqueline Joubert, voilà à présent "La Clé des champs", où Pierre Tchernia, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, fait succéder numéros de cabarets et de music-hall. Mentionnons encore, pour les amoureux de musique classique,"Les Grands Interprètes", une émission animée par Bernard Gavoty.

Gilbert Bécaud

Gilbert Bécaud, au piano du matin au soir.

DU CHANT A LA UNE.

Dans un genre tout à fait différent, le monde de la chanson française s’enrichit d`un nouvel auteur-compositeur appelé de toute évidence à un bel avenir.Son nom? Serge Gainsbourg. Pour cet ancien étudiant des Beaux-Arts,c’est presque contraint et forcé qu’il est venu à la chanson, cet art qu’il considère comme mineur. Pianiste de Michèle Arnaud au cabaret Milord. l’Arsouille, il suit bientôt les conseils de Boris Vian et se met à interpréter ses propres compositions. Jacques Canetti est l’un des tout premiers à reconnaître son talent.Il l’engage aux Trois Baudets, lui ouvrant par la même occasion les portes de Philips.En 1958, Gainsbourg publie ainsi son premier 25 cm, "Du chant a la une", où tout un public découvre avec bonheur un univers à la fois poétique et réaliste, le tout enrichi de quelques images irrésistibles de dérision. Gainsbourg peut être satisfait : dès son premier disque il a réussi un véritable coup de maitre.C'est Marcel Aymé qui a écrit le superbe texte de la pochette et Boris Vian rédige un article élogieux dans les colonnes du Canard enchaîné "Allez,lecteurs ou auditeurs toujours prêts à brailler contre, contre les fausses chansons et les faux de la chanson, tirez deux sacs de vos fouilles et raquez au disquaire en lui demandant le Philips B 76447 R, réclame non payée,je ne travaille plus chez Philips, et j’y travaillerais encore que ce serait exactement pareil."

CHARLES,LEO,GEORGES ET LES AUTRES.

Les artistes, confirmés ou non de longue date, poursuivent sur leur lancée. Charles Trenet et Tino Rossi triomphent avec, dans l'ordre, "Le Piano de la plage" et "Maman la plus belle du monde", de même que Jacques Helian avec "Cha Cha Cha des thons". Leo Ferré et Charles Aznavour, "eux", confessent leur amour pour les rythmes argentins et pour le folklore juif avec respectivement "Le Temps du tango" et "Sarah". Enfin,il y a Georges Brassens. Avant de partir pour une tournée qui se poursuit jusqu’au début de 1959, il se produit quatre semaines à l’Olympia avec Pia Colombo et Michèle Arnaud en première partie. C’est pour lui l’occasion de roder les chansons qu’il vient d’enregistrer pour son sixième disque, parmi lesquelles Le Pornographe, À l'ombre du cœur de ma mie et La Ronde des jurons.

Guy Béart.

Le compositeur de "L'Eau vive" et du "Grand Chambardement" jette un regard sans complaisance sur le monde. Sous des airs de ballades, ses chansons font partie du patrimoine artistique français.

UN AMOUREUX DES MOTS.

Guy Béart Pour son émission Apostrophe, Bernard Pivot invita un jour quelques représentants de la chanson française, parmi lesquels Guy Béart et Serge Gainsbourg. Le débat s’anima et le public et les téléspectateurs purent bientôt se rendre compte du monde qui, à première vue, les séparait. Gainsbourg, comme à son habitude, maniait la provocation avec un art consommé, alors que Béart prenait les choses très au sérieux - la musique, surtout, ou, plus précisément, la chanson. Cependant, hors des plateaux de télévision, les points de divergence sont moins nombreux qu’il n’y paraît. Comme Serge Gainsbourg, en effet, Guy Béart a été l’un des poulains de Jacques Canetti. Et, comme le compositeur du "Poinçonneur des Lilas et de La Javanaise", il est un amoureux des mots, des phrases bien construites, une sorte de poète qui a su perpétuer l’ambiance de Saint-Germain-des-Prés tout en portant un regard sans complaisance sur la société de son temps.








Guy Béart, balladin des années cinquante

UN DYLAN FRANÇAIS?

On a pu dire de Guy Béart qu’il faisait vibrer un peu facilement la corde nostalgique comme tendrait le prouver une chanson comme C'était plus beau hier et qu’il puisait une part trop importante de son inspiration dans les traditions folkloriques. Mais a-t-on reproché à Dylan de reprendre les schémas harmoniques et rythmiques du blues et de la ballade pour révéler au grand jour la face cachée de l`Amérique ? Guy Béart a suivi en France une démarche parallèle. Les Grands Principes ou bien Amsterdam sont à cet égard révélateurs : ces titres se situent entre tradition et modernité, ce qui explique sans doute qu’ils aient si bien résisté aux modes.

Guy et Emmanuelle

Guy et Emmanuelle Béart : tel père,telle fille.

DES PONTS ET CHAUSSÉES A LA CHANSON.

Guy Béart est né en 1930, au Caire. Son père, expert-comptable, est amené à voyager un peu partout dans le monde. Guy passe ainsi son enfance entre l’Égypte et le Mexique, entre la Grèce et le Liban, avant de s`établir en Italie, puis sur la Côte d’Azur. C’est à Nice qu`il passe son baccalauréat, après quoi il s’inscrit à l`’école des Ponts et Chaussées. Son diplôme en poche, Guy Béart peut enfin se consacrer pleinement à la chanson. ll y pense depuis longtemps. Il a déjà appris à jouer du violon et de la guitare et il a été élève de l’École normale de musique, mais c'est au début des années cinquante qu`il franchit le pas. ll se met alors à composer et écrit plusieurs pièces de théâtre. En 1957, le jeune auteur-compositeur-interprète est engagé à la Colombe. Dans ce cabaret-restaurant de l’île de la Cité, il y connaît ses premiers applaudissements, ce qui lui vaut de passer ensuite au Port du Salut. C’est à cette même époque que Patachou enregistre Bal chez Temporel. Juliette Gréco et Zizi Jeanmaire apprécient également ses chansons et inscrivent notamment à leur répertoire Qu’on est bien, tandis que Jacques Canetti lui propose de venir se produire aux Trois Baudets.

UNE DIVERSITÉ QUI SÉDUIT.

Grâce aux Trois Baudets, Guy Béart sort définitivement de l’anonymat. ll enregistre L'Eau vive qui lui vaut les éloges de la critique et du grand public. Dès lors, le voici sur les rails du succès, qui ne se démentira plus. Avec Chanderganor, La Vérité, Vive la rose, Amsterdam, Le Grand Chambardement ou L'Espérance folle, l`auteur-compositeur entre par la grande porte dans l`univers de la chanson française. Si sa voix ou, comme il l’a dit lui-même, son "absence de voix assez remarquable", est immédiatement reconnaissable, c’est surtout la diversité des thèmes abordés qui séduit le grand public. Guy Béart sait émouvoir, se montrer désinvolte, pamphlétaire même, mais le tout est dit avec une rare pudeur et un sens très rare du verbe qui fait mouche. Après avoir fondé sa propre maison de disques (Temporel) et animé l’émission télévisée Bienvenue, Guy Béart poursuit aujourd’hui sa carrière avec cette foi inébranlable dans la chanson, dans cette chanson qui ne peut que rendre l’homme meilleur. Cet humanisme sincère, non pas naïf comme on a pu le penser parfois, il a su le faire partager à son public et le transmettre à sa fille, Emmanuelle, dont la beauté romantique illumine le cinéma français.

Les voies du succès.

En cette année de grands changements, il y a des chansons pour tous les goûts.Jeunes talents et valeurs sûres semblent être liés par un pacte : celui de la qualité.

LE CARROSSE.

Une autre Yvonne.

Yves Montant"Il attendait son carrosse, il attendait ses chevaux/Il allait voir la bonne Yvonne": lorsque Le Carrosse commence à passer sur les ondes, d’aucuns pensent que la chanson s’adresse, sur le ton de l’humour, au général de Gaulle et à sa femme, qui se prénomme Yvonne. D’autant qu’elle est interprétée par Yves Montand qui n’a pas à proprement parler l’âme d’un gaulliste. Or, il n’en est rien puisque cette chanson, qui témoigne par ailleurs du sens mélodique de Mireille, a été composée avant le retour aux affaires de l'homme du 18 juin. Quant à Yves Montand, il montre ainsi qu’il est bien l'un des interprètes les plus éclectiques de la chanson française,tout à fait à l’aise dans le répertoire jazz comme dans celui de la dame du Petit Conservatoire.

MON MANEGE A MOI.

Pour faire tourner les têtes.

Edith Piaf et Alain DelonPianiste à l’embonpoint prononcé et à l’humour communicatif, Jean Constantin est un compositeur de talent.Il le prouve une nouvelle fois avec cette chanson, enregistrée par Édith Piaf avec le succès que l‘on connaît. "Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi, c’est toi/Je suis toujours à la fête/Quand tu me prends dans tes bras": tous les Français, et pas seulement ceux qui assistent aux récitals d’Édith Piaf, ont été conquis par ces paroles, par cette mélodie qui, en effet, fait bien tourner les têtes. Symbole triomphant de la chanson française, "Mon manège à moi" n’a pas pris une ride.

LE PIANO DE LA PLAGE.

Des fausses notes qui sonnent bien.

Charle Trenet Dans les années cinquante, Patachou s’occupe beaucoup de son cabaret-restaurant de Montmartre où la tradition exige qu’elle coupe la cravate de ses clients. Elle n’en poursuit pas moins sa carrière de chanteuse, elle qui aime tant les beaux textes et les belles mélodies. En Charles Trenet, elle trouve l’artiste idéal et enregistre cette chanson qui rappelle tant de souvenirs. Le compositeur lui-même, bien sûr, a fait lui aussi un succès de ce "vieux piano de la plage" qui ne joue "qu'en fa,qu’en fatigué". Un classique des années cinquante.









LE JOUR OU LA PLUIE VIENDRA.

Vingt minutes pour un succès.

Bécaud et Delanoë

La scène se passe dans la demeure de Gilbert Bécaud, au Chesnay, dans la région parisienne. Nous sommes en 1957, par une belle et chaude journée de juillet.Entouré de Louis Amade, du chef d’orchestre Raymond Bernard et de Charles Aznavour, le compositeur travaille sur une chanson. Sans résultat. Soudain, Pierre Delanoë fait son apparition. Avec Bécaud, il part se réfugier dans une autre pièce où se trouve également un piano. C’est en se mettant à la fenêtre qu’une phrase, tout naturellement, lui vient à l’esprit : "Le jour où la pluie viendra..." Bécaud est au piano. En vingt minutes, un petit chef-d’œuvre est né. Grand succès de Bécaud, "Le jour où la pluie viendra" fera l’objet de nombreuses versions, notamment de la part des Compagnons de la chanson et d’une jeune chanteuse américaine nommée lame Morgan qui l’adaptera sous le titre de "The day the rain came".

SI TU VAS A RIO.

Samba brésilienne.

Dario Moreno1958 est une année particulièrement heureuse pour Dario Moreno qui triomphe en France avec Eso es el amor et Si zu vas à Rio. Cette dernière chanson est adaptée d’une samba brésilienne intitulée Madudeira chorou par Jean Broussolle, qui est aussi membre des Compagnons de la chanson. Avec un sens de l'humour bien à lui, Dario apporte d'un coup un peu de chaleur, d’exotisme et pour tout dire d`excentricité à la chanson française. On est loin de l’introspection de Saint-Germain-des-Prés, mais la recette fonctionne. Dario Moreno s'imposait parmi les artistes les plus populaires de l'Hexagone et incitait nombre de ses fans à voir autrement que sur catalogue le fameux "pain de sucre".

LA BALLADE IRLANDAISE.

Bourvil,l'homme tranquille.

BouvilOn a beau être acteur et se montrer convaincant dans les comédies musicales, il n’est pas facile de se défaire de sa réputation de chanteur un peu niais,réputation dont est affublé Bourvil depuis qu'il a interprété "Les Crayons", "La Tactique du gendarme" ou "La Fin des haricots". C’est ce à quoi il s’attache pourtant en 1958 lorsqu’il enregistre la "Ballade irlandaise". Il réussit d’ailleurs fort bien sa reconversion.Faire sourire est une chose, émouvoir en est une autre, et Bourvil montre là qu’il sait très bien faire les deux. "Un oranger sur le sol irlandais/On ne le verra jamais/Un jour de neige embaumé de lilas/Jamais on ne le verra".








LE POINCONNEUR DES LILAS.

Gainsbourg

Quatre lauréats du Grand Prix du disque de l'Acadèmie Charle-Cros : Jacques Dufiho, Denise Benoit, Serge Gainsbourg et Marcel Amont.

C’est avec ce premier succès que se crée la légende Gainsbourg. Ni rive gauche,ni rive droite,l'auteur-compositeur évolue déjà dans son propre univers.

Un succès de première classe.

"Il chante l’alcool, les filles, l’adultère, les voitures qui vont vite, la pauvreté, les métiers tristes. Ses chansons, inspirées par l’expérience d’une jeunesse que la vie n'a pas favorisée, ont un accent de mélancolie" : ces quelques mots écrits par Marcel Aymé pour l’album Du chant à la une expriment parfaitement l’ambiance qu’a su créer Serge Gainsbourg dès son premier 25 cm, une ambiance où l'on retrouve le Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre mais avec quelque chose en plus – une bonne dose de cynisme et un sens poétique et mélodique, qui le distinguent des artistes de la rive gauche. À cette époque, Serge Gainsbourg se produit au Milord l'Arsouille. Chaque soir, il a un trac immense à l’idée des réactions du public face à ses chansons, à son physique aussi, qu’il estime ingrat, qu’il se complaît à rendre plus ingrat encore. Producteur chez Philips, Denis Bourgeois, lui, est littéralement subjugué par le talent déjà immense de l'artiste. Il le pousse à enregistrer une maquette, qu’il fait ensuite écouter au responsable artistique de la firme. Jacques Canetti, à son tour, est séduit et prend les choses en main. Il réserve immédiatement un studio, prend contact avec Gainsbourg, puis avec Alain Goraguer qui doit écrire les arrangements. Du chant à la une paraît quelques semaines plus tard et produit un impact considérable sur le Tout-Paris, avant de conquérir la France entière. "Le Poinçonneur des Lilas" est sans doute le morceau le plus caractéristique de l’univers du compositeur si bien décrit par Marcel Aymé. C’est en tout cas son premier succès. L’idée de cette chanson, est venue à Gainsbourg après avoir interrogé un employé de la RATP : "Quel est votre rêve? - Voir la mer", aurait répondu le poinçonneur. Sitôt rentré chez lui, Gainsbourg se mettait au travail et confiait à la feuille blanche ces quelques lignes appelées à entrer dans l’histoire de la chanson : "J'suis l’poinçonneur des Lilas/Pour Invalides changer à Opéra/Je vis au cœur d’la planète/J’ai dans la tête un carnaval de confettis/ J’en amène jusque dans mon lit.

UNE VERSION PUNK.

"Le Poinçonneur des Lilas" a donné lieu à diverses versions. Les Frères jacques, Jean-Claude Pascal et Hugues Aufray l'ont aussi enregistrée, tandis que Philippe Clay l'a interprétée sur scène. La version qui a convaincu le plus son créateur semble être toutefois celle de Starshooter, groupe punk français des années soixante-dix.