Dalida

Dalida triomphe à l’Olympia, sous le regard de ses trois "parrains" Eddie Barclay, Bruno Coquatrix et Lucien Morisse.

Pendant que l’on assiste aux premiers pas de l’Europe, la chanson d’expression française conserve tous ses droits .Mais dans ce domaine aussi, l’Europe n’est pas un vain mot,car la vedette de cette année 1957 est sans conteste une jeune chanteuse d’origine italienne révélée quelques mois auparavant : Dalida.

Le triomphe de la paix.

Les événements de la fin de 1956 auraient facilement pu faire basculer la planète dans l'horreur, mais le monde se ressaisit en lançant les bases de nouveaux chantiers, comme l'espace ou l'Europe.

La signature

La signature du Traité de Rome concrétise la naissance de l'Europe.

LE TEMPS DU BILAN.

Entre la reprise en main de la Hongrie par l'Union soviétique et la crise de Suez, tous les ingrédients sont réunis pour que les deux grandes puissances, les États-Unis et l’URSS, s’engagent dans un conflit nucléaire, alors que le président égyptien Nasser répète dans tous ses discours que la Troisième Guerre mondiale va commencer. Heureusement, il n’en est rien et le monde aspire à un certain répit en cette année 1957. Comme au lendemain d’une catastrophe, chacun prend le temps de sortir de son étourdissement pour s’adapter aux bouleversements qui vienne de se produire sur la planète.

LA BATAILLE ALGER.

En Europe de l’Est,on a compris que l`heure n'était pas encore venue de se défaire de la tutelle soviétique.Après avoir enterré ses morts,la Hongrie connaît tout au long de 1957 des procès et des purges qui vont faire taire ceux qui ont participé à l’insurrection populaire. Au Proche-Orient, l’épisode de Suez a également laissé des traces, mais les choses reviennent à la normale lorsque l'État d’Israël rend les territoires conquis au cours de sa guerre éclair contre l’Égypte et que cette dernière procède à la réouverture du canal de Suez .En France, la crise algérienne est plus que jamais à l’ordre du jour. Alors que se multiplient les attentats, Paris donne le feu vert au général Bigeard pour mettre un terme aux exactions des poseurs de bombes du FLN. Dans les ruelles de la casbah se déroule ce que l’on nommera la bataille d’Alger, qui conduira à l’arrestation de plusieurs chefs de la rébellion - non sans susciter en France un débat enflammé sur la torture.

Guerre

A Alger,les troupes française sillonnent les rues de la casbah.

DE L'EUROPE À L'ESPACE.

LaikaLe drame algérien ne doit pas occulter une naissance importante : celle de l’Europe, qui fait ses véritables premiers pas lorsque Paris signe avec ses voisins le traité de Rome à l'origine du Marché commun. Une page est également tournée dans les rapports entre Washington et Moscou. On s’était habitué à les voir s’affronter dans le domaine nucléaire, leur rivalité se porte désormais sur le secteur de l’espace. L'URSS emporte la première manche, en mettant sur orbite le satellite Spoutnik en octobre, avant d’envoyer une chienne, Laïka, dans la stratosphère un mois plus tard. Les progrès des techniciens russes inquiètent l’opinion publique américaine qui accuse le Kremlin de vouloir conquérir l’espace à des fins militaires. Le président Eisenhower s’empresse de donner de nouveaux moyens à ses propres spécialistes de l’astronautique, mais le retard pris par l’Amérique en ce domaine ne sera pas comblé dans l’immédiat.

"Laïka" prouve qu'un être vivant peut survivre dans l'espace.

Humour, poésie et paroles divines...

L'univers de la chanson française est sans limites.Le public est séduit par cette diversité qui lui permet d'applaudir aussi bien la poésie de Rutebeuf que les devises du père Duval.

LA POESIE DANS LA RUE.

Léo Ferré Qui aurait pu imaginer qu'un poète du XIII ème siècle puisse être célébré alors que les premiers soubresauts du rock’n’roll résonnent en France ? C’est pourtant bien ce qui arrive grâce à Léo Ferré. Le poète s’appelle "Rutebeuf" et le chanteur s'inspire de plusieurs de ses textes pour écrire une chanson qui s’intitule "Pauvre Rutebeuf". Le tout est enregistré en 1956 et les premières paroles deviennent rapidement populaires : "Que sont mes amis devenus/Que j’avais de si près tenus..." Le chanteur raconte que cet engouement public pour la poésie lui valut un jour d’être interpellé dans la rue :"Un matin,allant faire mes courses à Neuilly,il y avait un chauffeur de camion arrêté."Quand il m’a vu, il s’est penché par sa portière et m’a dit : "Léo, quand est-ce que tu nous chanteras "Le Pauvre Bœuf" à la télévision? C’est ça la connaissance.La culture dans le cœur... avant l’Université !(Cité par R. Bellet" Léo Ferré, Une vie d'artiste, Actes Sud).

En chantant Pauvre Rutebeuf,Léo Ferré met la poésie à l’honneur.

LE PREMIER ROCK FRANÇAIS!

Humour et rock’n’roll Tout avait commencé comme une farce. Trois compères décident de fabriquer le premier rock français, en forme de pied de nez adressé à ceux qui ne jurent que par la musique américaine. Leurs noms ? Boris Vian, Michel Legrand et Henri Salvador. Ce curieux mélange est explosif et provoque rires et succès. La plaisanterie va jusqu’au bout, du titre au pseudonyme du chanteur : Rock and roll mops interprété par Henri Cording et les Calypso Boys! De son côté Gilbert Bécaud occupe la une des journaux et la première place dans le cœur des amateurs de chanson française et sa prestation sur la scène de l’Olympia est célébrée comme il se doit par tout le monde. Tout le monde, sauf...Eugene Ionesco! L'auteur dramatique confie son opinion à la revue Arts : "ll y a,indiscutablement, de nos jours, une dégradation de la chanson que l'on peut constater chez beaucoup de chansonniers. Mais chez aucun, la vulgarité n’est aussi frappante que chez Bécaud qui vous dégoûterait de l’amour tellement ceci est devenu, dans la bouche de la vedette, une chose gluante, comme tarée." Le public ne partage pas le sentiment de l’auteur de "La Cantatríce chauve", loin de là!,et Gilbert Bécaud est cette année le chanteur préféré des Français.

Humour et rock’n’roll pour Henri Salvador et la danseuse Mimi Brilli.

LE "GUITARISTE DU BON DIEU".

Duval Le refrain le plus inattendu de l'année est dû à un chanteur étonnant. En effet, Aimé Duval, qui fredonne "La Petite Tête", est... prêtre! On l’appelle sobrement le père Duval, et ses chansons, qu’il compose pour animer les veillées du mouvement de jeunes dont il s’occupe, commencent à passer à la radio. Le succès est immédiat et avec sa guitare, le père Duval chante l'amour divin public se presse pour assister aux concerts de celui que l’on surnomme le "guitariste du bon Dieu". Dans un autre registre, et avec bien plus de discrétion, un jeune chanteur présente ses chansons au cabaret La Colombe, à Paris. Il vient de sortir un 45 tours où l’on peut découvrir sa poésie tendre. Son nom : Pierre Perret. Mais il faut bien avouer que la sortie de ses premiers enregistrements passe assez inaperçue du grand public. On est encore loin de la truculence qui fera sa gloire.

Avec sa guitare, le père Duval chante l'amour divin.

LES SIFFLETS DU CINEMA.

Romy et Magda Schneider Une superproduction américaine occupe les écrans français cette année." Le Pont de la rivière Kwaï",réalisé par Holden sont saluées par la critique et par David Lean, raconte l’aventure d’un groupe de prisonniers anglais détenus par l’armée japonaise en Birmanie lors de la Seconde Guerre mondiale. En couleurs et sur écran large, les prestations d’Alec Guinness et de William par le public. La musique du film fait également un tabac avec un refrain sifflé par les soldats. Ces sifflets font rapidement le tour du monde, accompagnés du refrain : "Hello, le soleil brille, brille, brille..." En Autriche, ce ne sont pas les sifflets qui font valser les cœurs, mais la comédienne Romy Schneider.Le deuxième volet des aventures de Sissi impératrice sort sur les écrans français. La toute jeune Romy y est touchante et,devant le succès,les producteurs annoncent un troisième épisode pour l’année suivante.On sait aujourd’hui la popularité qu’ont connu ces films, et surtout celle de la ravissante interprète de Sissi.





Romy et Magda Schneider, la fille et la mère, dans les aventures de "Sissi"

Les Compagnons de la chanson.

Depuis près de quinze ans,ils chantent ensemble avec succès. La recette de cette longévité dans la qualité et la bonne humeur est contenue dans leur nom : ce sont vraiment des compagnons!

Les Compagnons de la chanson

Les Compagnons de la chanson,un groupe soudé et plein de dynamisme.

DE LA MUSIQUE À LA CHANSON.

En 1941, l’époque est à la renaissance du chant choral. Neuf camarades, qui se rencontrent alors au sein d’un mouvement de jeunesse, décident de constituer un ensemble vocal. Ils prennent pour nom, les Compagnons de la musique. Il convient de citer les neuf interprètes : Guy Bourguignon, Jean Broussolle, Jean-Pierre Calvet, Jo Frachon, Jean-Louis Jaubert, Hubert Lancelot, Gérard Sabbat, Fred et René Mella. C’est au théâtre des Armées qu'ils effectuent leurs débuts. Leur premier succès est une chanson traditionnelle du XIXème Siècle, "Perrine était servante". Sur des textes imagés, ils renouvellent la chanson de geste : ils ne se contentent pas de bien chanter, ils jouent également à l’aide de gestes simples et expressifs. Démobilisés en 1944,ils veulent poursuivre l’aventure du spectacle. Ils changent de nom en 1946 et s'appellent désormais les Compagnons de la chanson. Dès cette période, ils se présentent sur scène avec un costume qu’ils garderont tout au long de leur carrière : pantalon sombre (bleu ou noir) et chemise blanche au col ouvert .Leur répertoire et leur dynamisme deviennent très vite un exemple pour une jeunesse éprouvée au sortir de la guerre.

UNE RENCONTRE DECISIVE.

La route des Compagnons croise celle d’Édith Piaf. La vedette est immédiatement séduite par leurs qualités vocales et d’interprétation. Elle leur conseille toutefois d’abandonner les chansons folkloriques pour un répertoire de variétés. Les Compagnons ne sont pas convaincus.Mais Édith Piaf se souvient d’une chanson qu’elle avait entendue à Lausanne dans un cabaret très couru, Le Coup de soleil. L’animateur du lieu n’est autre que le chanteur Gilles. Il interprète alors ses dernières productions et, parmi elles, Les Trois Cloches. Les Compagnons, respectueux de l’avis de la chanteuse, ne sont toutefois pas enchantés à l’idée de reprendre ce refrain. Édith leur propose de joindre sa voix à la leur. Les jeunes gens n’ont plus aucune hésitation et c’est ensemble qu’ils enregistrent "Les Trois Cloches" en juin 1946. Ils effectuent ensuite une tournée dans les plus grandes salles françaises, puis américaines, durant plus de deux ans. Les Compagnons chantent en première partie et,lors du dernier titre, Édith les rejoint sur scène, "cassant" ainsi la tradition qui veut que l’on ménage un entracte entre les deux parties. La carrière internationale des Compagnons de la chanson est des lors lancée.

Les Compagnons de la chanson et Edith Piaf

Édith Piaf, inoubliable marraine des Compagnons.

UN PARCOURS EXEMPLAIRE.

Le succès des "Trois Cloches" est salué par toute la presse française. L'écrivain Jean Cocteau, ami d'Édith Piaf,va jusqu’à écrire : "C’est un plaisir de les entendre et de l’entendre, mêlée à eux, coulée dans leur cloche de bronze et d’or comme une veine d’agathe" (cité par J.-C. Klein, Florilège de la Chanson française, éditions Bordas).Loin d’être écrasés par tant d’éloges, les Compagnons continuent leur parcours en gardant quelques chansons traditionnelles,"Le Galérien" par exemple, en y ajoutant des chansons de variété qu’ils emprunteront aux meilleurs auteurs, tels Charles Trenet (L'Ours, Mes jeunes années...) ou Gilbert Bécaud (Alors raconte). Alliant tour à tour émotion et humour, ils excellent également dans un répertoire léger avec "Si tu vas à Rio" ou "La Marmite". Dès le début des années cinquante, ils effectuent ce que l’on peut appeler un parcours exemplaire. Demandés dans le monde entier, ils seront plusieurs fois à l`affiche à l’Olympia et à Bobino, où, en 1966, ils resteront durant trois mois sans interruption! Sans jamais vraiment changer de style, comme étrangers à toutes les modes, les Compagnons de la chanson imposent leur univers avec sincérité jusqu'en 1983, année de leur retraite bien méritée. Seul Fred Mella poursuivra une carrière de chanteur en reprenant plusieurs titres de son ami Charles Aznavour.

Dans toutes les directions.

Du charme de Dalida à la chaleur de Charles Aznavour,de la poésie de Charles Trenet à l'exotisme de Tino Rossi,la chanson éclate dans les directions les plus variées.

POUR FAIRE UNE JAM.

Charles Aznavour

Le talent récompensé.

La vie s’accélère pour Charles Aznavour. Outre ses activités de chanteur qu’il poursuit avec acharnement, il continue à écrire pour lui, mais également pour les autres. C’est ainsi que durant l'été de cette année, il se retrouve dans une maison de son ami Gilbert Bécaud avec lequel il planche sur de nouveaux refrains. Ils ne sont pas seuls; à leurs côtés, on retrouve Louis Amade (sous-préfet et auteur), Raymond Bernard et Pierre Delanoë. L’ambiance est joyeuse et très studieuse. Ce type d’association n’est pas unique pour Charles Aznavour. Très actif et créatif, il accepte plusieurs autres collaborations. C’est ainsi qu’il écrit "Ces yeux là", sur une musique composée par Michel Legrand et Eddie Barclay, et qu’il trouve encore le temps d’inventer tout seul, et le résultat est tout aussi réussi. "Pour faire une jam", fait partie de son répertoire solitaire. Le rythme de la chanson est révélateur de son savoir-faire de compositeur original.Et si, pour ceux qui préfèrent le rock’n’roll, il fait figure de "vieux chanteur", prouve que les années n'ont pas de prise sur son talent. La récompense sera les applaudissements nourris du public qui se bouscule cette année à l’Olympia où il passe pour la première fois en vedette. Bravo l’artiste!

MARJOLAINE.

Une année chargée.

Francis LemarquePour Francis Lemarque,l’année 1957 est marquée par plusieurs événements importants.Le chanteur est un grand voyageur qui se plaît à découvrir sans cesse de nouveaux horizons; socialiste convaincu,il est invité à se rendre en URSS où sa musique est reçue avec chaleur par le peuple russe. Mais 1957 est aussi l’année d’un très grave accident d’automobile qui va paralyser sa carrière pendant de longues semaines : invité à se produire à Évreux, il est victime d'une sortie de route sur le chemin du retour. - Une chanson gravée à cette époque va permettre au public de ne pas oublier le convalescent. Il s’agit de Marjolaine - qui, dès le printemps suivant, s’installe dans le groupe de tête des compositions les plus demandées sur les juke-boxes français.

GONDOLIER.

Un deuxième triomphe.

Dalida

Cette année est une année Dalida.Révélée par l’extraordinaire succès de Bambino,la chanteuse connaît bien quelques déboires - notamment une accusation d’espionnage portée par le magazine italien Bella! , mais aussi de grands moments, comme son passage à l’Olympia ou la remise d’un disque d'or. Il lui faut cependant un nouveau tube. "Le Ranch de María" et "Tu n’as pas très bon caractère" ont certes connu le succès, mais sans plus, Eddie Barclay cherche pour sa star la chanson c’est grâce laquelle elle continuera de briller. Cette chanson, c’est "Gondolíer" qui offre à nouveau à Dalida cette image romantique de l’Italie avec ses couchers de soleil cuivrés et sa langueur méridionale. Publiée peu avant la fin de l’année, elle lui permet de remporter pour la première fois l’Oscar de Radio Monte-Carlo.

LA FOULE.

Edit piaf

Une valse péruvienne.

Le 8 août 1957, Édith Piaf retrouve la France après onze mois d’absence marqués par une septième tournée américaine triomphale. L’accueil le plus chaleureux lui a été réservé par le Brésil, mais l’Argentine mérite sans doute de figurer en seconde place. Lors de son passage à l’Opéra Film Teatro de Buenos Aires, elle a découvert une chanson intitulée Que nadie sepa mi sufrír, Composée par le Péruvien Angel Cabral, dont elle s’est empressée d’acquérir les droits. Dès son retour à Paris, elle fait entendre la mélodie à son amie Marguerite Monnot qui est emballée. Il reste toutefois à l’agrémenter de paroles françaises; on vient justement de lui parler d’un jeune auteur, Michel Rivgauche. Si celui-ci est fasciné par la star, Piaf est impressionnée par le talent de ce jeune homme timide à qui elle confie sa valse péruvienne, en lui recommandant d’écrire un texte original plutôt qu'une traduction. Le résultat de ce défi, c’est "La Foule", qui sera l’un des joyaux du répertoire de Piaf.

QU’ON EST BIEN.

Juliette, Hazel, Zizi et... Alice.

Guy Béart En 1957, le cinéaste Henri Decoin réalise Charmants garçons, une aimable comédie sans grande prétention, mais avec une belle distribution : Zizi Jeanmaire, dans le rôle de Lulu, ne sait pas si elle doit tomber amoureuse de Daniel Gélin, de François Périer ou de Gert Froebe. Elle finit par fondre d’amour pour un homme resté discrètement dans l’ombre tout au long du scénario, à qui elle finit par avouer sa flamme.La musique du film est signée Michel Legrand, mais une chanson de Guy Béart a aussi été retenue par le réalisateur. Il s’agit de "Qu’on est bien", interprétée par Hazel Scott, une pianiste et chanteuse de jazz qui fait à l’époque, en France, une carrière cinématographique à succès. L’histoire de Qu’on est bien, est loin toutefois de se limiter à ce passage à l’écran puisque Zizi Jeanmaire et Juliette Gréco l'ont également chantée.

CIGARETTES,
WHISKY ET P'TITES PEPEES.

Une chanson de polar.

Eddie Constantine Lorsqu’elle fait son apparition en 1957 dans la comédie policière du même nom,la chanson "Cigarettes,whisky et p'tites pépées" est loin d’être une nouveauté. Dans sa version originale américaine (Cígareetes, whuskey, and wild, wild women), elle avait permis au chanteur fantaisiste Red Ingle d'obtenir un bon succès dès 1948. Il faut attendre neuf ans pour que le cinéaste Maurice Regamey en mette l'adaptation française à l’honneur grâce à Annie Cordy qui la chante à l'ecran avec la verve qu'on lui connaît.Par la suite, ce titre drôle et faussement désabusé deviendra un standard de la chanson française de cette époque Repris par Eddie Constantine et Philippe Clay, entre autres, il sera fredonné par la France entière.


MAMAN,LA PLUS BELLE DU MONDE.

Une chanson pour maman.

Tino RossiIl y a quelques années, la chanteuse Anny Flore avait entonné "Maman est une étoile", un refrain datant de... 1913! En 1950, le répertoire de chansons dédiées aux mères s’était enrichi du célèbre refrain de Mick Micheyl simplement titré Ma maman. Cette chanson faisait régulièrement l’objet de reprises que l'on fredonnait à chaque fête des mères. Lorsque Tino Rossi chante, cette année, "Maman tu es la plus belle du monde...", le public s’empare immédiatement de ce nouvel hommage aux mères. Adaptée d’un titre italien, "Mama piu bella del mondo", la chanson figure parmi les vingt-deux titres enregistrés par le chanteur corse. Mais, en cette année 1957, ce n’est pas son seul succès. Il triomphe aussi sur la scène du théâtre Mogador dans une nouvelle opérette,"Naples au baiser de feu".








JULIE LA ROUSSE.

La France s’enflamme pour cette Julie qui exerce le métier de prostituée dans un Paris sorti du début du siècle.Son auteur René-Louis Lafforgue,renoue avec le succès.

René-Louis Lafforgue

On avait presque oublié René-Louis Lafforgue depuis son succès de 1953, "Le Poseur de rails". C’était sans compter avec les talents multiples de cet artiste qui mène sa carrière comme bon lui semble.Né à San Sébastián, en Espagne, en 1928,il est contraint à l`exil avec ses parents dès le début de la guerre civile.La famille Lafforgue trouve refuge à Cachan, dans la banlieue parisienne.Dès son adolescence, René-Louis travaille et exerce le métier d’apprenti boucher puis de menuisier. Mais c'est le théâtre qui le tente. N'ayant pas les moyens de suivre une formation de comédien, c’est par la "petite porte" qu’il entre sur scène. En effet,il se fait embaucher comme machiniste par l’une des troupes les plus réputées de l’après-guerre,la compagnie Charles Dullin.Le metteur en scène décèle rapidement chez son machiniste un talent de comédien. René-Louis Lafforgue joue dans son premier spectacle en 1948.Mais,avide de tout apprendre, il rejoint l’année suivante le mime Marcel Marceau.Après le théâtre et le mime reste la chanson qu’il décide d’explorer. On le retrouve en 1951 sur la scène d’une cave qui voit défiler le Tout-Paris intellectuel, "Le Tabou". Ce cabaret accueille aussi bien les grandes discussions existentialistes chères à Jean-Paul Sartre que les envolées de trompettes de Boris Vian. René-Louis Lafforgue vient y chanter régulièrement. Le succès du Poseur de rails ne l’éloigne pas pour autant des scènes de théâtre et des plateaux de cinéma et il fait partie de la compagnie Jacques Fabbri.Il commence aussi à apparaître dans des dramatiques à la télévision.C’est un véritable touche-à-tout! Lorsqu’il chante pour la première fois Julie la Rousse, en 1956, il remarque bien que le public est enthousiaste mais il est loin d’imaginer le succès extraordinaire que va rencontrer cette valse. Son interprétation sur disque est en effet l’une des meilleures ventes de l’année et, dans les trois années qui suivent,vingt-six reprises différentes fleurissent dans les bacs des disquaires ! Que ce soit Philippe Clay, Pia Colombo, Lucien Jeunesse, ils contribuent tous au succès de ce refrain qui fleure bon un Paris où danser une valse au son de l`accordéon est une activité des plus naturelles.En 1959,on pourra voir René-Louis Lafforgue chanter "Julie la Rousse" dans un film qui porte le même titre. L'histoire qui y est racontée met en scène la mère de Julie en 1925,et Julie elle-même en 1959.C’est la comédienne Pascale Petit qui interprète le rôle titre avec pour partenaire le séduisant Daniel Gélin.

UNE TRADITION BIEN FRANCAISE.

René-Louis Lafforgue "Julie la Rousse" n'est pas la première "fille de joie" célébrée en chanson. On peut même affirmer qu'il s'agit d'une tradition bien française.Georges Brassens y consacre un couplet dans La Mauvaise Réputation, en 1954, mais on peut remonter au début du siècle avec Aristide Bruant et sa Nini peau de chien.Citons également,entre autres,"La Fille de Londres" de Pierre Mac Orlan et "lrma la Douce" popularisée par Zizi Jeanmaire et Colette Renard. "Milord", chanté en 1959 par Édith Piaf, fait allusion au même univers, tout comme Maurice Chevalier en 1935 qui célébrait "Prosper,le roi du macadam!".