Charle Trenet, Charle Aznavour et Gilbert Bécaud

Avec Charles Trenet,Charles Aznavour et
Gilbert Bécaud,la chanson est sur de restée juste.

Au cours de cette année riche en événements,les chanteurs font preuve d’une vitalité extraordinaire.Les débuts d’un jeune Belge nommé Jacques Brel,le triomphe de Georges Brassens sur scène et sur disque,l’éclosion du talent de Léo Ferré prouvent,si besoin est, que la chanson française traverse une période faste.

Sous le signe de l’instabilité.

Les changements auxquels on assiste à Moscou et à Washington,de même que la fragilité gouvernementale dont souffre la France,sont chaque jour sources de turbulences.

manifestation

Tout au long de l'année, grèves et manifestation secouent la France.

CHANGEMENTS SIMULTANES.

Staline est mort Les bouleversements politiques en URSS et aux États-Unis font craindre un instant que soit remis en cause le fragile équilibre instauré entre les deux grands depuis la guerre. Heureusement, il n’en est rien au moment où le républicain Eisenhower s’installe à la Maison-Blanche et met en place une politique conservatrice, en pleine rupture avec celle de ses prédécesseurs Roosevelt et Truman, l’Union soviétique connait une certaine libéralisation. Dès l`annonce de la mort de Staline et avec l’arrivée à la tête du parti communiste de Nikita Khrouchtchev, on perçoit une nette volonté de réforme au sein du bloc de l’Est. Cette détente toute relative est d’ailleurs nécessaire car les travailleurs d'Allemagne de l’Est comme ceux de Pologne font connaître avec une certaine virulence leur soif de liberté. La répression sanglante qui s’abat sur les ouvriers contestataires de Berlin-Est et l`explosion réussie de la première bombe à hydrogène soviétique vont toutefois se charger de rappeler au reste du monde que l’uni soviétique n’entend pas réellement baisser sa garde.





Staline,le "Petit père des peuples", disparaît le 5 mars.

LA FRANCE EN CRISE.

À Paris,René Coty succède à Vincent Auriol à la présidence de la République.Cette élection symbolique ne doit pas faire oublier que la situation est restée tendue tout au long de l’année. Après la défaite de son parti aux élections municipales d’avril, le général de Gaulle a quitté le RPF, dénonçant une fois de plus le "régime des partis".Comme pour faire écho à sa déclaration, le pays traverse une longue crise ministérielle qui trouve son prolongement dans la grève générale qui s’installe au mois d’août

REMOUS, MARIAGE ET COURONNENENT.

La politique étrangère de la France n'est guère plus convaincante.Le pays se débat plus que jamais dans le bourbier indochinois et, au Maroc, l’annonce de la destitution du sultan Mohammed V suscite des remous à Paris. Toujours à l’étranger, mais dans un registre plus léger, le carnet mondain des têtes couronnées de la planète est bien rempli cette année-là : on assiste au mariage du grand-duc héritier Jean de Luxembourg et, surtout, au couronnement de la jeune reine Elizabeth d’Angleterre. Pour suivre l`événement, les journaux du monde entier dépêchent à Londres des centaines de reporters et de photographes, tandis que, pour la première fois, la cérémonie sera retransmise à la télévision.

Elizabeth II Jean de Luxembourg

Elizabeth II Couronnée à Westminster.

La chanson crève l’écran.

Le cinéma fait la part belle à la chanson cette année. Suivant l’exemple américain avec Marilyn Monroe, la France met ses chanteurs préférés, Édith Piaf et Yves Montand, à l'affiche.

LA CHANSON, COMPAGNE IDEALE ET FIDÈLE.

DorisSacha Guitry achève le tournage de son film "Si Versailles m’était compté." Dans cette grande fresque historique pleine d’humour relatant les derniers feux de la royauté, on peut voir et entendre Édith Piaf chanter le célèbre refrain révolutionnaire "Ça ira". Dans ce même film on aperçoit également deux autres chanteurs. Tino Rossi et Annie Cordy. Et les écrans accueillent aussi une autre vedette de la chanson : aux côtés de Charles Vanel, Yves Montand triomphe dans "Le Salaire de la peur" ; Ce film d’Henri-Georges Clouzot est le plus gros succès public de l’année. Chanson et cinéma sont tellement mêlés qu’il suffit parfois qu’un film soit populaire pour que la mélodie qui l'accompagne soit transformée quelques semaines plus tard en chanson. C’est le cas pour "Les Vacances de Monsieur Hulot" réalisé par Jacques Tati :"leitmotiv musical", composé par Alain Romans devient un refrain chanté par Jacqueline François. De l’autre côté de l’Atlantique, la chanteuse Doris Day est récompensée par un Oscar pour sa chanson Secret love qu’elle interprète dans Calamity Jane, un film de David Butler.




Édith Piaf.
"Ca ira".

La bande annonce du film "Les Vacances de monsieur Hulot"

La bande annonce du film "Salaire de la peur"

Charle Vanel

Charles Vanel et Yves Montand, bouleversants héros du "Salaire de la peur".

CONSÉCRATIONS ET TRISTESSE.

Les scènes de cabarets parisiens restent malgré tout le terrain privilégié pour entendre les vedettes de la chanson. Ainsi après avoir fait ses premières armes chez Patachou puis au théâtre des Trois Baudets. Georges Brassens se retrouve en octobre sur la scène de Bobino. La presse parle d’une "consécration bien méritée". Cela n’empêche pas le natif de Sète de voir sa chanson Le Gorille interdite sur les ondes radiophoniques pour atteinte à la justice française! Ce type de mésaventure n’arrivera pas à Roger Pierre et Jean-Marc Thibault qui, il est vrai, interprètent un répertoire d`une toute autre nature. Alternant numéros comiques et chansons distrayantes et légères, les duettistes se taillent un beau succès sur la scène de l`Amiral où les spectateurs, venus très nombreux les applaudir, reprennent en chœur le refrain de Rendez-vous au Pam-Pam.Quand Eddie Constantine ne chante pas,c'est Lemmy Caution qui prend le relais à l'écran.Le monde de la variété est aussi en deuil cette année-là. Le 13 juin, on apprend en effet le décès de Jean Marco. Son nom n’évoque pas grand chose pour le public, mais sa voix est bien connue : Jean Marco était le chanteur soliste et vedette du célèbre orchestre de Jacques Hélian.

UNE NOUVELE MAISON ET DES DEBUTANTS.

la radios

La maquette de la futur Maison de la Radio à Paris.

La radio reste le moyen de communication incontesté pour diffuser la chanson dans tout le pays. Afin répondre à la demande toujours plus exigeante des auditeurs, et permettre aux professionnels de travailler dans des conditions technique indispensables le gouvernement a commandé un nouveau lieu pour réunir toutes les activités radiophoniques. La présentation de la maquette du bâtiment suscite de nombreuses discussions. Si certains y voient un modernisme de bon augure. D’autres crient au scandale. La polémique n’émeut pas les jeunes chanteurs débutants qui, s’ils espèrent bien un jour passer à la radio, sont plutôt préoccupés par leurs premières prestations publiques. C’est ainsi qu’un jeune Belge fait des débuts timides au théâtre des Trois Baudets. Il se nomme Jacques Brel. Sur cette même scène, Philippe Clay débarque avec plus de bonheur. Son énergie et sa drôlerie communicatives séduisent la salle. À tel point que Mouloudji trouve que ce jeune artiste lui fait de l’ombre. Et les habitués des cabarets parisiens remarquent un tout jeune poète qui hante parfois la petite scène du Lapin agile. On murmure qu’il dit des poèmes étranges et magnifiques avec un accent du Sud-Ouest : il s’appelle Claude Nougaro

Léo Ferré.

Cette année,Léo Ferré fête ses 37 ans et,avec Paris canaille,son premier succès populaire. De Monte-Carlo à Paris,sa vie d'artiste est un véritable roman.

Le chanteur élève des moutons.

Léo Ferré Le 24 août 1916, à Monte-Carlo naît Léo Ferré. Issu d’une famille de la petite-bourgeoisie locale, Léo fait ses études secondaires en Italie chez les frères des Écoles chrétiennes. Attiré par la musique et la poésie, il compose quelques mélodies au piano et chante dans la chorale de Monaco. On le retrouve pour la première fois en public sur la scène du théâtre des Beaux-Arts, à Monaco. Nous sommes le 26 février 1941 et Léo figure en dixième place d’un programme de variétés. Deux ans plus tard il se marie et s’installe avec son épouse sur les hauteurs de Nice dans une ferme où il élève une mule, deux moutons et deux vaches. Des que les travaux de la ferme lui en donnent le loisir, c’est-à-dire assez souvent,il écrit comme un forcené.

AZNAVOUR ET LA MARTINIQUE.

Quand Léo Ferré s’installe à Paris, il a 30 ans et déjà de nombreuses chansons à son répertoire. Il entame la tournée des cabarets de la capitale en chantant pour quelques sous, parfois, et, pour de très rares spectateurs, souvent. Cette vie difficile lui permet toutefois de croiser quantité de jeunes chanteurs qui poursuivent le même but que lui. Avant de hanter Saint-Germain-des-Prés, c’est aux abords des Champs-Élysées que Léo rencontre un duo de chanteurs dont on parle beaucoup, Roche et Aznavour. C’est à Charles Aznavour que Léo doit un séjour prolongé en Martinique. Le duo Roche-Aznavour, ne pouvant effectuer une tournée dans les îles, propose à Ferré de prendre sa place. Il accepte, et ce qui devait être un séjour agréable ponctué d’une vingtaine de concerts se transforme en vacances obligatoires sans un sou pour se payer le retour : l’organisateur véreux a disparu avec la caisse! Léo est obligé de demander une aide financière à son père pour rentrer à Paris.

LES AMIS ET LE SUCCES.

Au début des années cinquante, les chansons de Léo Ferré commencent à être interprétées par plusieurs artistes. Citons Édith Piaf (Les Amants de Paris), Renée Lebas, les Frères Jacques ou encore Henri Salvador. Mais si sa renommée d’auteur-compositeur n’est plus à faire, celle d`interprète n’est pas encore acquise. C’est durant cette période que Francis Blanche est parfois obligé de sortir manu militari les spectateurs qui manifestent leur mauvaise humeur lorsque son ami Léo est assis au piano. Pourtant, en 1953, une amitié va rendre Léo Ferré définitivement populaire. Catherine Sauvage, rencontrée sur les mêmes scènes qu’il parcourt, inscrit à son répertoire Paris canaille. Reconnaissant, il écrit un texte au dos du disque de son amie :"Tu as du talent. Tu chantes juste, en mesure, avec intelligence; et pourtant tu sais rester simple. Tu es sûrement en train de te faire des ennemis...Mais il y a des ennemis qu’il faut savoir se faire. Comme les relations, ça aide! Bravo et merci."

amies

Un répertoire électrique.

De la chanson réaliste à la ballade sentimentale en passant par les refrains militants, les musiques de films et les adaptations de succès américains, la chanson française se décline de bien des manières.

LES AMOUREUX DES BANCS PUBLICS.

L'année de tous les succès.

Georges Brassens Pour Georges Brassens, 1953 est l’année de tous les succès. Révélé à un large public grâce à son passage sur la scène des Trois Baudets la saison précédente, il y effectue un retour remarqué en février de cette année-là dans le cadre d’un spectacle intitulé "Ne tire sur le pianiste", avec à ses côtés Pierre-Jean Vaillard, Darry Cowl, Catherine Sauvage et les Quatre Barbus. Dans le même temps, on peut l`entendre à l’autre bout de Paris, au théâtre du Vieux-Colombier d'Anet Badel. Puis c’est son premier passage à l’étranger, à l’occasion d’un concert à Bruxelles, le 19 mai, en attendant une longue tournée (trente-six villes!) pendant l’été et une série de récitals à Bobino en octobre. 1953 se distingue surtout par la sortie de son premier microsillon 33 tours, avec notamment "les Amoureux des bancs publics". Déposée auprès de la Sacem en 1952 et interprétée dès cette année-là par Patachou, cette chanson apparaît sur le disque sous le titre raccourci de Bancs publics, avant de devenir le succès immortel que l’on sait.

UN CHIEN DANS LA VITRINE.

Une chanson à la page.

Line Renaud et Loulou GastéClara Ann Fowler est une jeune chanteuse américaine issue d`une famille très pauvre de l’Oklahoma. Passionné de musique, elle devient vocaliste au sein d’un petit orchestre d`une station de radio de Tulsa dont le sponsor, la compagnie laitière Page, l’affuble d’un nouveau nom de scène : Patti Page. Sous cette identité, elle fait rapidement son chemin et devient l’une des meilleures chanteuses de variété des États-Unis. En 1953, elle obtient l`un de ses plus grands succès grâce à une chanson de Bob Merrill intitulée (How much is that) Doggie in the window.Loulou Gasté s’en empare alors et offre à Line Renaud l’une des plus belles réussites de sa carrière en faisant du Chien dans la vitrine un tube que toute la France fredonne. "C`est la première chanson que j’ai apprise, alors que j`avais tout juste six ans, et j’adorais sur tout reprendre les "ouah ouah" à la fin de chaque couplet".

BONBONS CARAMELS.

Annie Cordy.

Une "ouvreuse" venue de Belgique.

Annie CordyAlors que la télévision n`en est encore qu’à ses balbutiements, le cinéma reste l'un des meilleurs véhicules de la chanson populaire. C'est ainsi que Boum sur Paris, une aimable comédie de Maurice de Canonge qui sort sur les écrans cette saison-là, met en scène un véritable "Who’s who" de la chanson française, puisque l’on peut y voir entre autres, Édith Piaf, Mick Micheyl, Lucienne Delyle, Aimée Barelli, Jacqueline François, Line Renaud, Mouloudji, Jacques Pills... C’est toutefois une petite nouvelle qui crève l’écran : originaire de Belgique. Annie Cooreman est une danseuse du Lido et du Moulin Rouge qui se fait appeler Annie Cordy. Bourrée d’enthousiasme, de talent et d’humour, elle fait ses débuts au cinéma dans Boum sur Paris en chantant "Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats... ". Pendant des années, la France entière reprendra ce refrain dans les salles obscures en voyant apparaître à l‘entracte les vendeuses de friandises avec leur panier d’osier.

INOUBLIABLE.

Nat,Yvette et Natalie.

Yves GirandLa mélodie d’inoubliable est généralement associée à la voix caressante du chanteur noir américain "Nat King Cole" qui a créé cette chanson d’Irving Gordon en 1952 sous son titre d'origine, Unforgettable. Le parolier Jacques Plante, habitué des adaptations, en propose alors une version française à sa protégée, Yvette Giraud. Spécialiste du répertoire sentimental, cette ancienne speakerine a séduit durablement le public français au début des années cinquante, en partie grâce à cette ballade "inoubliable". Quant à la version originale en anglais, elle a connu un renouveau inattendu en 1991 lorsque Natalie, la propre fille de Nat Cole, a enregistré sa voix en surimpression de celle de son père pour un curieux duo à travers le temps et les générations.











JOHNNY TU N'ES
PAS UN ANGE.

La grande dame
de la chanson réaliste.

Edith PiafPour Piaf, l’année 1953 a été chargée, avec la reprise au théâtre du Bel indifférent de Jean Cocteau et le tournage de deux longs métrages : Boum sur Paris de Maurice de Canonge et, surtout, Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry, dont la première de gala est donnée à l’Opéra de Paris le 15 décembre, en présence d’un parterre de célébrités. Quelque jours plus tard, le soir de Noël, elle est en studio, cette fois pour y graver "Johnny tu n’es pas un ange". Cette adaptation d`un succès du guitariste américain Les Paul doit beaucoup à la plume sensible de Francis Lemarque, mais elle doit plus encore à la grande dame de la chanson réaliste qu’est Édith Piaf. Pour cette collection, on rendra hommage au talent de Véronique Béliveau, qui parvient à son tour à donner toute sa dimension au personnage de Johnny, mauvais garçon et cœur infidèle









PETITE FLEUR.

Le jazz en chanson.

Sidney Bechet La France a été l`un des premiers pays à s'intéresser au jazz. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, quelques musiciens noirs débarquent sur nôtre sol, parmi lesquels le clarinettiste Sidney Bechet. En 1929, à la suite d’une rixe à Pigalle, Bechet passe plusieurs mois en prison avant d'être expulsé par les autorités françaises, en dépit de l’appui d’intellectuels comme Louis Aragon Bechet devra attendre vingt ans pour revenir à Paris où il finit par se fixer définitivement en 1950, accédant au statut de star du disque et de la scène. Parmi ses plus grands succès, on peut citer "Les Oignons","Dans les rues d'Antibes" ou encore "Petite fleur" qu’il crée en 1952 et pour lequel le parolier Fernand Bonifay écrit un texte peu après. Déjà révélé par Les Carabiniers de Castille, Bonifay écrira par la suite pour Dalida (Maman la plus belle du monde), Gloria Lasso (Adieu Lisbonne) et même Johnny Hallyday (Souvenirs, souvenirs). Anny Gould. Petula Clark, Annie Cordy et Mouloudji chanteront à leur tour le texte de Petite fleur

MES MAINS.

On commence à parler d’un jeune chanteur qui enflamme les petites salles dans lesquelles il se produit,Gilbert Bécaud à rendez-vous avec le succès.

Bourvil, Marguerite et Gilbert

Une année exceptionnelle.

En ce temps-là, Gilbert Bécaud était pianiste. Il accompagnait Jacques Pills dans ses tournées à travers le monde. Puis vient la rencontre avec Édith Piaf, que Pills épouse et dont Bécaud devient le secrétaire. Dans cet univers, les rencontres se multiplient Charles Aznavour, Louis Amade, Pierre Delanoë... En 1952, Bécaud est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire dans l’armée de l`air. Le jeune chanteur n’en continue pas moins de chanter sur les scènes des music-halls parisiens. On murmure dans le métier qu’il est un espoir sérieux pour la chanson française. C’est en uniforme qu’il rejoint son ami Louis Amade, un soir de janvier 1953. Le dîner est important. L’un des invités est Georges Lourier, directeur des variétés pour la maison de disques Pathé-Marconi. Gilbert a le trac. On l’invite à se mettre au piano. Il chante Les Croix, un texte de Louis Amade. L’assistance est sous le charme. Georges Lourier annonce qu’il est prêt à faire signer Bécaud des le lendemain. Ce qui est effectivement fait. Le 2 février, Gilbert Bécaud entre en studio. Deux chansons sont prévues à l`enregistrement : Les Croix et Mes mains .Soudain, en pleine séance, le téléphone sonne. C’est pour Gilbert. Il prend le combine et entend une voix qui lui annonce que son épouse vient d`accoucher d`un garçon! Premier disque pour Pathé-Marconi, premier enfant, la journée est éblouissante! Dans l’euphorie, il invite tous les musiciens et les techniciens à fêter l’événement dans le café de l`autre côté de la rue. Dans la revue Chorus (Les Cahiers de la chanson). Il se souvient : "C’était un orchestre assez fourni et, en fait, je n’avais pas les sous pour payer à boire à tant de monde; si bien que le patron m’a fait crédit et je ne l’ai jamais oublié." Quelques jours plus tard. Le public découvre sur scène "Mes mains". Pourtant, ce n’était pas prévu. Gilbert Bécaud s`était rendu ce soir-là au cabaret L`Amiral pour y voir Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, et surtout Jean Richard, la vedette à l`affiche. Mais ce dernier, en plein tournage, déclare forfait. Roger Pierre vient voir Gilbert Bécaud dans la salle et lui propose de le remplacer au pied levé. Hésitation. émotion, Bécaud se lance. À l’annonce du changement, le public siffle. Après la prestation du chanteur, la salle exulte !

LE PHÉNOMÈNE BECAUD.

"Bécaud a été un élément totalement nouveau, qui a bouleversé la chanson, qui a fait que ce type a battu tous les records de rapidité dans le succès : il a commencé à chanter le I" janvier, il a fait son premier disque le 2 février et le ler avril, il avait le Grand Prix du disque! On n'a jamais vu une chose pareille! À la fin de l'année, les spectateurs se battaient pour aller le voir et l'année suivante, au mois de mars, il y avait dix mille personnes [...] essayant de rentrer à l'Olympia. [...] C'était de l'hystérie comme on peut en voir quelquefois des traces avec Patrick Bruel, comme on en a vu avec les Beatles... le même phénomène!" Pierre Delanoë, La Chanson en colère, Éditions Mame.